Claire Mazeron: Les "internats d'excellence", une expérience née de l'échec de l'école

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

On lira ci-après l'intéressant billet publié par Mme Claire Mazeron, professeur agrégé et vice-présidente du Syndicat national autonome des lycées et collèges (S.N.A.L.C.), en mai dernier sous le titre "Internats d'excellence: une "utopie concrète"?" sur le blogue : http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2011/05/27/internats-d-excellence.html

 

"La Seine-et-Marne : ses betteraves, ses étendues agricoles sans limites, ses brumes légendaires et ses cités à problèmes. Dans cette horizontalité sans bornes, quelque part près de Provins, surgissent au détour d’une route désespérément rectiligne quelques lourds bâtiments aux allures de caserne. Sourdun. Trois dizaines d’hectares militaires hier encore promis, comme tant d’autres, à un abandon certain. Mais ici, la verticalité est avenir. Elle porte un nom, soigneusement indiqué sur un panneau routier flambant neuf : « Internat d’excellence de Sourdun ».

 

 

"Son proviseur, Jean-François Bourdon, nous félicite : « Vous êtes en avance d’un quart d’heure, c’est la première fois ! D’habitude, les gens se perdent et tournent pendant une demi-heure ». C’est qu’ici la campagne est chez elle, et impose son rythme. Même entre les murs, on reste entre les champs. Seuls dominent le gazouillis des hirondelles qui ont élu domicile sous les fenêtres et les salves régulières des asperseurs – le printemps est sec cette année. Nulle âme qui vive autour des bâtiments, ni dans les vastes espaces découverts qui les entourent. Aucun bruit en provenance de l’intérieur. Une école sans élèves ? « Ils sont en devoir » - nous explique le proviseur. « Ils en ont toutes les semaines. L’essentiel ici, c’est la régularité ». Comme celle de la nature environnante, en effet, bien loin de l’agitation des ZUS, ZEP et autres RAR d’où proviennent plus d’un tiers des élèves. Un rythme immuable : cours du lundi au vendredi, de 8h à 16h, avec 4 heures de devoirs banalisées et des études chaque soir jusqu’à 20h.

 

 

"Une régularité structurante et réconfortante pour des élèves majoritairement issus de milieux défavorisés. Divorces compliqués, recompositions familiales mal vécues, familles monoparentales dépassées, travail de nuit ou lointain, logements exigus et bruyants… toutes situations qui constituent le premier sésame pour Sourdun. Mais la vocation sociale n’est que l’alpha de l’établissement : l’oméga, c’est le niveau scolaire. Ici ne sont acceptés que des élèves – de la 6ème aux classes préparatoires – possédant une moyenne générale comprise entre 12 et 14/20. « Pas les meilleurs, qui se débrouilleront toujours », précise Jean-François Bourdon, « ni les élèves en grande difficulté scolaire, qui ne relèvent pas de notre compétence ». J’entends déjà les cris d’orfraie de certaines organisations syndicales et parentales bien-pensantes : comment pouvez-vous délaisser les plus exclus des exclus ? Pourquoi consacrer autant de moyens aux « moyens », quand 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucun bagage?

 

 

"Si Sourdun recrute ainsi dans le « ventre mou » des classes, c’est pour combler un manque. Un déficit d’attention systématique de la part de l’Education nationale, qui ne s’intéresse plus guère qu’aux extrêmes, et oublie facilement ceux qui font les gros effectifs de la courbe de Gauss. Des élèves fragiles, qu’un environnement scolaire agité ou une situation familiale difficile font trop souvent basculer du mauvais côté – celui des sorties sans diplôme. « Certains parents viennent me trouver en m’expliquant qu’ils visent Polytechnique. Je leur répond qu’ils se sont trompés d’adresse », rétorque Jean-François Bourdon, avec un brin de malice.

 

 

"Les mots sont en effet volontairement trompeurs. L’excellence scolaire n’est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen pour atteindre l’estime de soi. Une méthode Coué version scolaire, qui semble porter ses fruits. « J’ai été choisi, je suis à Sourdun, je suis excellent » répètent certains élèves, qui ont à cœur de se montrer « à la hauteur ». Des élèves à qui l’on donne beaucoup, mais dont on exige le maximum aussi : au programme, loisirs « bourgeois » – équitation, tir, escrime, théâtre ou musique, sans compter  des sorties à l’Opéra de Paris ou des voyages au bout du monde - mais aussi ménage des chambres et des parties communes, à tour de rôle. Et pour que les choses soient claires, les tenues acceptées dans l’établissement sont photographiées et affichées dans les couloirs, tout comme l’injonction d’adopter un comportement décent. « Pas assez clair pour certains garçons. L’an prochain ce sera mocassins et rien d’autre » - précise le proviseur, qui avoue que les premiers mois d’adaptation ont été difficiles. « Mais une fois que le pli est pris, ça roule tout seul ! L’essentiel c’est de ne pas céder, tout en faisant preuve de souplesse et en ménageant des plages de liberté, adaptées à l’âge des élèves ».

 

Mazeron au micro

  Claire Mazeron, un professeur convaincu,

ennemi des utopies pédagogistes et de l'inégalité 

(Photo D.R.)

 

"De fait, les élèves rencontrés sont polis et calmes – ils sortent pourtant d’une matinée de compositions écrites -, tout comme la cantine – généralement terrain de tous les dangers. « Bon appétit, Monsieur » - lance un petit 6ème. « Tiens, il ne vous a pas demandé pour quelle télé vous travaillez », s’amuse Jean-François Bourdon. Depuis son ouverture à la rentrée 2009, l’internat est en en effet – fatalement – sous les feux de la rampe, et élèves comme professeurs sur-jouent un peu. Sourdun, un « village Potemkine » ? Un miroir aux alouettes face à la majorité des établissements en déshérence de l’éducation prioritaire ? 281 élèves accueillis à Sourdun l’an dernier, 20000 places prévues en France au terme du projet – sachant qu’il s’agit surtout de « labellisation » de structures existantes, non de créations ex-nihilo. Statistiquement, les internats d’excellence ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan de détresse scolaire et sociale. Mais les élèves de Sourdun ont tous obtenu le brevet des collèges l’an dernier (1), 53% d’entre eux avec mention. Et les moyens supplémentaires accordés en termes de DHG sont de l’ordre de 10%, une sur-dotation correspondante à celle d’un établissement de ZEP.

 

 

"Pour donner le change aux critiques persistantes sur le coût du projet, Jean-François Bourdon fait dans la récup’, la traque au gaspillage, et la chasse aux partenariats, publics et privés. Le mobilier dépareillé abandonné par les hussards a été réutilisé, les drapeaux récemment découverts orneront la façade du bâtiment principal. « J’espère qu’ils ne portent pas les insignes du 2ème RH ! » plaisante-t-il. Et de s’insurger contre l’installation électrique dernier cri des bâtiments réhabilités : « Impossible d’éteindre les plafonniers, il n’y a pas d’interrupteurs ! » Le partenariat avec l’UCPA permet de rentabiliser le centre équestre, créé dans les anciennes écuries militaires, la salle de spectacle rénovée sera bientôt accessible au public extérieur. La piscine ne sera pas reconstruite, l’entretien annuel se révélant trop onéreux. Et la gratuité de l’internat n’est plus de mise cette année, surtout pour responsabiliser et impliquer les « usagers »(2). Certes, cela ne compense pas les 25 millions de travaux effectués cette année. Mais les internats d’excellence bénéficient des retombées financières de la politique de la ville comme de l’association de différents ministères : dans le cadre du grand emprunt, une partie des 500 millions d’euros prévus par la loi de finances rectificative pour 2010 est consacrée à la création, l’extension et la revitalisation des internats d’excellence. Et depuis 2009, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE) verse aux établissements scolaires 2000 euros pour chaque interne issu des territoires de la politique de la ville accueilli.

 

 

"Sourdun vitrine ? Certainement. L’établissement n’est-il pas classé - tout comme celui de Montpellier -, « établissement d’Etat », au moment même où autonomie et décentralisation envahissent les discours ministériels ? « Il a fallu que l’Etat réapprenne à aménager un terrain de foot » plaisante Jean-François Bourdon. « Plus personne n’avait parlé béton au Ministère depuis 30 ans ». Un réinvestissement de l’Etat qui en dit long sur sa capacité d’impulsion – quand il veut...

 

 

"Certes, tout reste encore à construire, dans les murs comme dans les têtes. Symbole tout à la fois du volontarisme institutionnel et du chemin à parcourir, seule une façade du bâtiment principal a été repeinte - celle qui donne sur l’entrée. La plupart des activités sportives se font dans les anciens magasins de fournitures, à peine débarrassés du bric-à-brac militaire. Et il n’y a eu, en raison des travaux, ni chauffage ni eau chaude pendant une bonne partie de l’hiver.

 

 

"A Sourdun, on est en terre pionnière. Ou plutôt de mission, au regard de l’engagement attendu des personnel. Ici le recrutement (académique) se fait sur profil : disponibilité et capacité à travailler en équipe sont les principales qualités demandées. Les emplois du temps s’organisent obligatoirement sur 4 jours, et l’on attend des professeurs qu’ils prennent en charge une activité sportive ou culturelle après les cours – sans compter les sorties et voyages scolaires, partie intégrante du projet. Les devoirs sont organisés en commun et prévus à l’avance chaque trimestre, par discipline, ce qui suppose une forte concertation en amont.

 

 

"Nul bénévolat cependant : les activités périscolaires sont intégrées au service ou rémunérées en heures supplémentaires, et les plages de concertation sont libérées par l’externalisation des devoirs hebdomadaires. Chaque professeur « donne » ainsi une demi-heure par classe pour ces travaux, surveillés par des AED.

 

 

"Pour attirer les candidats, les contreparties sont substantielles : les enseignants disposent de bureaux, se voient remettre un ordinateur portable et peuvent être hébergés sur place, à titre gracieux. Sans compter les conditions de travail, avec élèves choisis et classes à 20 élèves. Et comme le précise Jean-François Bourdon en réponse à mon inquiétude, « la liberté pédagogique est totale. Seul comptent les résultats ». Des dispositions bien différentes de celles qui attendent les professeurs des établissements ECLAIR à la rentrée. Et qui ont surtout l’avantage d’avoir été choisies, quand l’extension du dispositif ECLAIR est imposée en passant outre l’opposition des conseils d’administration. De fait, les candidats ne manquent pas, sauf en classes préparatoires - l’isolement relatif et l’éloignement de Paris restent répulsifs. Mais, comme le reconnaît Jean-François Bourdon, « ils s’investissent tellement qu’ils risquent de s’épuiser ». Contrepartie d’un projet fort, Sourdun peut certainement aussi être pesant pour ses personnels. Une expérience plutôt pour jeunes collègues et esprits militants, mais à conseiller à tous ceux qui peinent aujourd’hui, dans un système éducatif en crise, à transformer en actes leur idéal républicain."

 

 Claire Mazeron

 Vice-présidente du S.N.A.L.C.

 

 

(1) Sur des effectifs globaux peu nombreux, certes, et avec des élèves qui n’étaient pas en grande difficulté.

 

(2) Le coût s’échelonne de 500 à 3000 euros annuels, en fonction du revenu familial. Bourses déduites, la participation reste toutefois symbolique.

 

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"La canonisation de Jeanne-d'Arc": conférences de Philippe Prévost dans le Sud-Ouest du 30 mars au 1er avril 2012

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

 

La fédération Grand Sud-Ouest de l’Action française rappelle à ses amis qu'à l'occasion du 600ème anniversaire de la naissance de la Sainte de la Patrie, une importante série de conférences sur

 

"La canonisation

de Jeanne-d'Arc:

un parcours du combattant

politico-religieux"

 

sera donnée, sous la présidence de

 

M. Vincent GAILLERE

Délégué régional de l’Action française

 

par le célèbre historien de la Condamnation de l'A.F.

 

Philippe PREVOST

 

à Bordeaux le 30 mars, à Toulouse et à Pau le 31 mars et à Bayonne le 1er avril 2012.

  

 Jeanne vitrail

 

 Informations pratiques:

 

1/ Dates et horaires 

des conférences:

 

BORDEAUX. – Vendredi 30 mars 2012, à 18 h.

 

TOULOUSE. – Samedi 31 mars 2012, à 10 h 30.

 

PAU. – Samedi 31 mars 2012, à 16 h. Hôtel Quality Pau-Centre : 80, rue Emile-Garet (proche Musée des Beaux-arts et centre commercial Bosquet).

 

BAYONNE. – Dimanche 1er avril 2012, à 15 h. Hôtel Amatcho, 27, boulevard Maréchal-Soult (près rond-point Saint-Léon).

 

  

2/ Comment vous inscrire:

 

 

Participation aux frais : 8 € par personne.

 

Inscriptions impératives auprès de la Fédération, via la rubrique "Contact" de ce site avant le 29 mars 2012.

 

Rappel important: Pour Bordeaux et Toulouse, les lieux exacts ne seront communiqués qu'aux personnes s’étant préalablement inscrites.

 

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600ème anniversaire de la naissance de la Sainte de la Patrie: La canonisation de Jeanne-d'Arc, un parcours du combattant politico-religieux

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Fédération Grand Sud-Ouest

de l’Action française

 

600ème anniversaire

de la naissance de la

Sainte de la Patrie

 

Sous la présidence de

M. Vincent GAILLERE

Délégué régional de l’Action française

 

Philippe PREVOST

Historien

 

La canonisation de Jeanne-d’Arc :

un parcours du combattant

politico-religieux

 

 

Jeanne vitrail

 

Armoiries fastueuses Bx

BORDEAUX. – Vendredi 30 mars 2012, à 18 h.

 

Toulouse, blason avec couronne muraleTOULOUSE. – Samedi 31 mars 2012, à 10 h 30.

 

Armes Pau 2PAU. – Samedi 31 mars 2012, à 16 h. Hôtel Quality Pau-Centre : 80, rue Emile-Garet (proche Musée des Beaux-arts et centre commercial Bosquet).

 

 Armoiries pays basque fsBAYONNE. – Dimanche 1er avril 2012, à 15 h. Hôtel Amatcho, 27, boulevard Maréchal-Soult (près rond-point Saint-Léon).

 

Grand logo A.FParticipation aux frais : 8 € par personne. Inscription avant le 27 mars 2012.

 

Pour Bordeaux et Toulouse, les lieux exacts seront communiqués aux personnes s’étant préalablement inscrites.

 

Tous renseignements sur : http://af-aquitaine.over-blog/ .

 

 

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Pour son tricentenaire: Rousseau jugé par l'Action française

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Pour le tricentenaire de la naissance de Rousseau, nous ne pouvons mieux faire que de laisser la parole à l'un de nos maîtres, le comte Léon de Montesquiou, pour résumer les griefs que nous faisons à cet homme néfaste, dont les principes mortifères gouvernent encore notre société post-soixante-huitarde. On lira donc ci-dessous l'article qu'il lui consacra dans l'un des premiers numéros de L'Action Française quotidienne, voici cent quatre ans: tant que les Français n'auront pas pris le contre-pied de ces principes antinaturels, son jugement restera d'actualité.

 

A.F.-Grand Sud-Ouest.

 

Jean-Jacques Rousseau

 

On a inauguré dimanche dernier, à Ermenonville, un monument à J.-J. Rousseau, au lieu de sa sépulture. Je ne vois pas que personne ait rappelé à ce propos les paroles, bien suggestives dans leur brièveté, que Bonaparte prononça dans ce même lieu, et que Stanislas de Girardin, qui était alors propriétaire du château d’Ermenonville, nous rapporte dans ses mémoires.

 

« Arrivé dans l’île des Peupliers, écrit Girardin, le premier consul s’est arrêté devant le tombeau de J.-J. Rousseau et a dit : – Il eût mieux valu pour le repos de la France que cet homme n’eût jamais existé. – Et pourquoi, citoyen consul ! – C’est lui qui a préparé la Révolution française. –  Je ne croyais pas que c’était à vous à vous plaindre de la Révolution. –  Eh bien ! l’avenir apprendra s’il ne valait pas mieux, pour le repos de la terre, que Rousseau ni moi n’eussions jamais existé. »

 

* * *

 

Certes, Rousseau n’est pas le seul fauteur de la Révolution. Mais il est le plus grand coupable, car il a employé ses dons d’éloquence à fournir un semblant d’assise philosophique aux passions anarchiques qui fermentaient alors. 

 

Il s’est attaché principalement à propager trois grandes erreurs sociales qui, mises en œuvre, nous mènent à la dissolution.

 

Par son Contrat social, d’abord, il a tenté de légitimer la démocratie. Pour cela il invente un état antérieur à l’état de société qu’il appelle « l’état de nature ». Dans cet état de nature, déclare-t-il, l’individu possédait des droits. Ces droits, chacun, en constituant la société, a la volonté manifeste non de les abandonner, mais au contraire de les consolider par le moyen de la loi. Mais pour cela il faut que la loi représente la volonté de chaque individu. De là la nécessité, la sainteté dirais-je même, du suffrage universel.

 

Ici se présente, il est vrai, une difficulté. Suffrage universel ne peut que signifier, aussi parfaite qu’on suppose la théorie, que volonté de la majorité. La loi n’exprime donc pas la volonté de chaque individu. Rousseau résout cette difficulté par un acte de foi dans la majorité. La majorité ne peut se tromper. Ce qu’elle décrète est le bien, le beau, le vrai. Et si moi, minorité, je vais à l’encontre, je m’égare sur ce que je veux moi-même. Car profondément moi aussi je veux le bien, le beau, le vrai. Or la majorité m’offre tout cela.

 

Si j’avais la place de rapporter ici les paroles de Rousseau, on verrait que je n’exagère en rien le sophisme.

 

* * *

 

La deuxième grande erreur propagée par Rousseau est que l’homme livré à ses impulsions naturelles sait trouver par lui-même le droit chemin. « La conscience ne trompe jamais, déclare-t-il. Qui la suit obéit à la nature et ne craint point de s’égarer. »

 

S’il en est ainsi, plus de gouvernement spirituel, plus d’église. Nous n’avons pas à être enseignés, à être façonnés. A chacun à laisser parler son dieu intérieur, à se laisser diriger par lui. Théorie éminemment anarchique qui, prise par Kant à Rousseau, et développée et systématisée par lui, est venue jusqu’à nous, et fait le fond de notre philosophie morale officielle.

 

* * *

 

Enfin troisième grande erreur, dans laquelle Rousseau s’est principalement complu, c’est celle sur la bonté naturelle de l’homme et sur sa corruption dont la société est seule coupable. « La nature a fait l’homme heureux et bon, la société le déprave et le fait misérable. » Voilà la théorie résumée par Rousseau lui-même.

 

Une telle théorie nous incite à nous défier de ce qui nous est transmis par la société, à rejeter  donc toute tradition. Que dis-je ! Puisque la société est si malfaisante, réjouissons-nous de sa ruine, travaillons à l’anarchie.

 

Anarchie politique, anarchie spirituelle, rejet de toute tradition, destruction de tout gouvernement spirituel, en fait de l’Eglise catholique, enfin, faute de mieux, – car l’anarchie, « l’état de nature », sans doute serait préférable, mais peut-être ne nous est-il plus possible d’y retourner, – donc, faute de mieux, régime démocratique, voilà ce que nous propose Rousseau.

 

Et quel fut-il ce propagateur de tous les plus mauvais principes révolutionnaires ? A la fin de son étude désormais classique, M. Jules Lemaître le qualifie ainsi : « un étranger, un perpétuel malade, et finalement un fou ».

 

Léon de MONTESQUIOU.

 

(Action Française, 23 octobre 1908.)

 

 

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