L'Action française et le potlatch nucléaire: Armageddon aura-t-il lieu?

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Pour le soixante-huitième anniversaire d'Hiroshima, on lira plus bas, à titre d'information, le point de vue sur la possibilité d'un conflit nucléaire d'un jeune consultant en communication, M. Romain Lalanne, paru sur un site d'informations. Nous lui laissons l'entière responsabilité de son analyse.

 

A.F.-Bordeaux & Basse-Guyenne

 

 

 

"La question de la possibilité théorique et pratique de la dissuasion nucléaire est un thème récurrent alors que la Corée du Nord et l’Iran ambitionneraient de se doter d’armes nucléaires. Pourtant, on aurait tort de se focaliser uniquement sur des États ou des régions que les médias aiment à présenter comme des acteurs irrationnels. Pourrait-on trouver des cas où l’utilisation de l’arme nucléaire serait tout à fait possible ?

 

"Prenons John Mearsheimer par exemple. Partant d'une approche dite néo-réaliste des Relations internationales, Mearsheimer considère que les États ne recherchent pas la puissance sous la pression d’une nature humaine qui aspire à la domination – "l'homme est un loup pour l'homme" dira Hobbes. Ils recherchent au contraire la sécurité sous la contrainte d’un système international dont le principe organisateur est l’anarchie. Cette anarchie étant conçue comme un principe organisateur, Mearsheimer en vient à défendre un réalisme offensif où la recherche de la sécurité pousserait les États à éliminer leurs rivaux potentiels en vue d’occuper une position hégémonique mondiale ou régionale.

 

"Chez Mearsheimer, un monde nucléaire ne change donc pas d’un monde caractérisé par l'emploi d'armes conventionnelles, la guerre étant toujours possible car les États recherchent la sécurité par l’élimination de leurs rivaux. Dans Conventional Deterrence (1983), il conçoit ainsi un scénario propre à la guerre froide où l’arme nucléaire serait utilisée après l'échec de la dissuasion conventionnelle. Le scénario est le suivant : dans le cas où l’URSS conduirait une attaque blietzkrieg (coupure des lignes de communication et de ravitaillement jusqu'à l'effondrement de l'ennemi) en Europe de l’Ouest, la dissuasion conventionnelle de l’OTAN pourrait ne pas fonctionner.

 

"Le blitzkrieg donnerait un avantage notable à l'URSS, le coût de ce type de guerre étant moindre que si Moscou conduisait une attaque d’attrition. Or si l’URSS parvenait à menacer l’intégrité territoriale de l’Europe de l’Ouest, une frappe nucléaire serait concevable pour envoyer un signal avant une escalade éventuelle. Derrière cette thèse, Mearsheimer critique ainsi la doctrine du "non recours en premier" suivie alors par l’OTAN. Car si l’arme nucléaire est une arme de dissuasion, elle doit être aussi et surtout conçue comme une arme d’emploi.

 

"Mais la pensée de Mearsheimer n’est pas constante dans le temps. Si au début des années 1990, il a pu défendre le maintien d’une force nucléaire ukrainienne et a même appelé à une nucléarisation de l’Allemagne par recherche d'un effet stabilisateur, il affirme dans The Tragedy of Great Power Politics (2001) que l’effet de dissuasion du nucléaire n’est pas automatique, comme en témoigne la guerre du Kippour en 1973.

 

"Bien entendu, la vision de Mearsheimer prend souvent une posture provocatrice et son cynisme a souvent pour fonction d’ouvrir les portes d’une réflexion théorique. Dans un article "Middle East: Know the Limits of U.S. Power" paru en décembre 2008 dans Newsweek, Mearsheimer nuance ainsi son opinion en appelant à garantir la sécurité américaine face à l’Iran par du "offshore balancing". Par cette stratégie, l’équilibre serait porté sur les puissances régionales, en l’occurrence l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite. Parallèlement, Washington maintiendrait trois niveaux d’engagement : un engagement diplomatique constant ; une utilisation des moyens militaires aériens et navals pour répondre à une menace ; une utilisation de l’ensemble des moyens militaires si la menace se concrétisait et que l’équilibre régional était rompu.

 

"Les opinions de Mearsheimer n’en soulèvent pas moins un certain nombre de questions quant à la capacité dissuasive du nucléaire. Généralement, le nucléaire militaire est abordé en adhérant au postulat de l’unicité et de la rationalité des acteurs. Selon ce modèle, seul le chef du pouvoir exécutif décide de l'emploi de l'arme nucléaire après un examen rationnel de la situation, en accord avec l'intérêt national.

 

"Or, sur ce point, il importerait de mieux prendre en compte l’ensemble des recherches qui, du réalisme néo-classique au constructivisme, cherchent à intégrer dans leurs analyses l’ensemble des facteurs de politique intérieure qui filtrent les influences anarchiques du système international : idéologie, perceptions et psychologie des décideurs, fonctionnement institutionnel et bureaucratique, faille dans la chaîne de commandement, etc. Docteur Folamour (1964) de Stanley Kubrick en donne une belle illustration.

 

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Une très célèbre scène du film de science-fiction Dr Folamour (Dr. Strangelove) de Stanley Kubrick: la situation room (poste de commandement des opérations). Cette scène, emblématique de la peur du potlatch nucléaire, marqua tellement les esprits qu'en 1981, prenant possession de la Maison-Blanche, Ronald Reagan demanda à la visiter et fut déçu de constater que le décorateur de Kubrick avait beaucoup embelli la réalité! (Photo D.R.)

 

"Une telle lecture pourrait ainsi permettre de repenser la fiabilité décisionnelle et technique du nucléaire, mais aussi et surtout de nuancer le postulat de la rationalité des acteurs. Toutefois, dans ce domaine, la rationalité découle bien souvent d’une interprétation essentiellement occidentale alors que la dissuasion nucléaire n’est pas forcément étanche à d’autres cultures.

 

"En partant de la différence établie par Max Weber entre "rationalité en finalité" et "rationalité en valeur" (la motivation de l’action doit se comprendre au regard d'une culture et de ses valeurs), on pourrait alors ouvrir l’hypothèse qu’un État doté de l’arme nucléaire pourrait valoriser la destruction, et cela en toute rationalité par rapport à ses valeurs. Si la probabilité pratique d’un tel scénario reste faible, sa probabilité théorique demeure entière."

 

Source: http://surlefront.blogs.nouvelobs.com/tag/relations+internationales

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