Le "service d'investigation transversale" et les violences urbaines

Publié le par Section de Bordeaux & Basse-Guyenne

Il y a huit ans était créé à Paris un service spécial de police, le "service d'investigation transversale" (S.I.T.), pour lutter contre les violences urbaines et rassurer le bourgeois du XVIème arrondissement. Devant les projets de multiplication de ce genre de police de répression mi-sociale, mi-politique, dans toutes les grandes villes de France, nous invitons nos lecteurs à se pencher sur les résultats qu'il a obtenus en Région parisienne et sur ses ambitions affichées, afin de juger en connaissance de cause de la nécessité de son maintien. 
 
A.F.-Bordeaux & Basse-Guyenne
 
"Le service d'investigation transversale de la préfecture de police a recensé 52 groupes sensibles et 29 bandes violentes à Paris et en petite couronne, ces dernières ayant donné lieu à 49 affrontements dans la capitale l'an dernier.

"C'est lors des manifestation anti-CPE du printemps 2006 que les policiers parisiens se sont aperçus qu'au-delà des lycéens qui manifestaient, des bandes venaient pour agresser des gens, comme ce fut le cas sur l'esplanade des Invalides.

"Pour identifier ces groupes et leurs agissements, la préfecture de police a alors créé un groupe unique en France dans le traitement de ces violences : le service d'investigation transversale (SIT), dont le chef, Maurice Signolet, a exposé les résultats. Depuis, trois policiers spécialisés ont inventorié les différentes bandes ou groupes sensibles et cartographié leurs localisations où lieux de rencontre.

"A côté des bandes proprement dites, des rivalités liées à la maîtrise d'un territoire ou des trafics locaux s'expriment par des groupes issus de quartiers ou d'arrondissements parisiens contigus, voire de communes limitrophes. Ces conflits entre groupes peuvent aussi avoir des origines beaucoup plus futiles comme une humiliation ressentie par le vaincu d'une bagarre ou des histoires de filles.

"Le SIT a ainsi répertorié 52 groupes sensibles et 29 bandes violentes à Paris, dont six bandes de filles, un phénomène plus récent. Ils ont identifié leurs lieux d'affrontements comme la gare du Nord ou le Forum des Halles mais aussi des endroits de forte affluence comme les Champs-Elysées, la place Pigalle ou, au moment de la fête, la Foire du Trône.

"Si les bandes ont des effectifs très fluctuants, pouvant aller d'une quinzaine à deux à trois cents, selon un policier spécialisé, les groupes sensibles eux sont souvent constitués de 10 à 15 jeunes.

"Le concept de bande renvoie à un groupement souvent peu structuré et polymorphe dans sa conception comme dans ses agissements. La bande se distingue d'abord par la peur qu'elle exerce et l'efficacité dont elle fait preuve dans la conduite d'une action violente en réunion, même de brève durée, vis-à-vis de cibles choisies et dans un environnement donné.

"Plus ou moins attachées à un secteur géographique, les bandes sont constituées de mineurs et de jeunes adultes souvent en situation de rupture familiale, d'échec scolaire ou de chômage, habitués à commettre des actes illégaux, à consommer alcool et drogue et dont la recherche identitaire se concrétise par une culture de la rue.

"L'an dernier 83 affaires de bandes, dont 49 affrontements entre bandes rivales, ont été enregistrées à Paris. Elles ont donné lieu au placement en garde à vue de 405 personnes, dont 197 mineurs, et ont fait l'objet, selon un policier, "d'une vraie réponse pénale", avec 184 personnes présentées devant un magistrat. Au total, en 2009, plus de 2 700 personnes auraient participé à des infractions liées aux phénomènes des bandes à Paris.

"L'objectif des policiers du SIT est de mettre ces bandes hors d'état de nuire en 2010."
 
 

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Avec l'Action française contre la grande misère de l'Armée française

Publié le par Section de Bordeaux & Basse-Guyenne de l'Action française

On lira plus bas le billet d'humeur, paru récemment sur un site de réflexion stratégique, d'un jeune lieutenant frais émoulu de Saint-Cyr qui pointe le dénuement de l'Armée française aujourd'hui engagée sur deux fronts au Mail et en République Centrafricaine. Il y déplore l'absence de réflexion à l'intérieur de l'Armée, l'autosatisfaction et de ses chefs, généraux et colonels, le manque de moyens et d'innovation dans la communication avec le public. Le retour de la République dans l'O.T.A.N., avec son lot d'exercices en commun, permet d'ailleurs aux officiers et aux soldats de faire de cruelles comparaisons avec la situation des armées étrangères, même si le "modèle anglo-saxon" n'est pas la panacée. Un diagnostic avec lequel l'Action française ne peut qu'être d'accord; la conclusion s'impose d'elle-même: alors que la Démocratie est par essence antimilitariste, seul, un Roi fort, indépendant des groupes de pression, ayant la formation militaire requise et conscient de l'utilité de notre force militaire, pourrait rendre à l'Armée la fierté et les moyens matériels essentiels pour assurer la sécurité de la France.

A.F.-Bordeaux & Basse-Guyenne

"En 2007, le Lieutenant-colonel Paul Wingling, de l’US Army, écrivait dans la revue officielle de l’armée américaine un article intitulé « la faillite des généraux ». Cet article remarquable prouve tout d’abord l’énorme liberté d’expression de l’armée américaine, où chacun est le bienvenu pour débattre et faire avancer les choses sans craindre, si l’esprit est respecté, de quelconques répercutions sur sa carrière. Si le titre de cet article fait référence à des problèmes parfois spécifiques à l’armée américaine, il est néanmoins tout à fait approprié à la situation dont vous faites état.

"La pensée dans l’armée Française est, je le déplore, un arbre à beaucoup de branches mais bien peu de fruits. Que l’on s’écarte trop de la norme, et l’on est condamné, comme Galula, à s’exiler pour faire progresser ceux qui le veulent vraiment avant de se faire redécouvrir 60 ans après par ses compatriotes (qui, au lieu d’avoir l’humilité de se taire, viennent même s’en vanter). Sorti il y a peu de Saint-Cyr, j’y ai été, comme tous mes camarades, déçu, et même choqué par la pauvreté de l’enseignement académique qui y est dispensé. Des cours disparates sur des matières sans unité réelle, on ne tire que très peu d’apport culturel (sauf pour la filière RIS qui vient de disparaître…), et la capacité de réflexion des jeunes officiers s’en trouve d’autant plus diminuée. Si bien qu’il existe un véritable fossé de connaissances (dont les frontières s’écartent au rythme croissant des fautes d’orthographes sur chaque diaporama Power Point, outil si réducteur de la pensée…), entre officiers subalternes et officiers supérieurs. J’entends souvent les colonels fraichement diplômés, ou les généraux plus anciens dire : « à l’Ecole de Guerre, je me suis refait une culture ». Il est malheureux de constater que de cette culture on ne tire que bien peu d’ouverture d’esprit, et je déplore chaque jour que nos chefs n’aient pas saisi (ou l’aient feint) l’évolution de la société du pays qu’ils servent.

"Car la qualité fondamentale de l’officier, celle qui fait de lui l’homme capable de s’adapter aux changements de paramètres sociétaux pour obtenir les meilleurs résultats, c’est bien l’ouverture d’esprit. En effet, comme on nous le répète sans cesse « le cœur du métier, c’est l’homme ». Mais avez-vous compris qui est l’homme d’aujourd’hui ? Non. Nos chefs ont manqué l’élément essentiel qui est au centre de notre société : la communication. Elle est, que l’on s’en réjouisse ou non, maîtresse de tout. Elle est celle qui contraint le politique méfiant qui ne voit en l’armée qu’une économie de dépense publique dont personne ne se soucie. Elle est celle qui explique au citoyen et le saisit de sorte que le politique ne peut plus considérer la défense que comme une variable d’ajustement budgétaire. Elle est celle qui attire le jeune en manque de repère vers une vie hors norme. "Mais cela, nos chefs ne l’ont pas vu, ou n’ont pas voulu le voir.

"Trop enfermés dans le culte pervers d’une obéissance aveugle (« réfléchir, c’est commencer à désobéir »), nos chefs ont laissé la loyauté se faire docilité. La défiance du politique envers les armées n’est pas nouvelle. Face à cela l’on pouvait très bien, et c’est même une nécessité, se battre avec leurs propres armes. Cela ne veut pas dire désobéir, mais contraindre le politique à n’utiliser la défense que pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle coûte. Mais cela peut signifier des esclandres. Des démissions. Des vagues dont on a horreur dans notre institution. Bref, cela signifie du courage.

"Et si l’on ne veut pas en arriver à ces extrêmes là, auxquels on arrivera j’en suis convaincu, si l’on ne voulait pas en arriver à cette civilianisation des tâches « non guerrières » que vous décrivez, il fallait être clairvoyant. Il fallait être ouverts d’esprit. Il fallait comprendre que pour réhabiliter l’armée dans l’inconscient collectif il faut mettre des uniformes français à la télé, au cinéma, partout, et donc commencer par lever l’énorme montagne administrative qui bloque la coopération « militaro-audiovisuelle ». Dois-je rappeler qu’il existe au Pentagone un département entier consacré aux relations entre l’armée et Hollywood ? Comment, si l’on comprend le rôle clé de la communication, laisser des généraux de tous bords se succéder tous les 2 ans à la tête du SIRPA ? Pourquoi ne pas lancer un appel d’offre aux officiers supérieurs, d’un mandat de 5 ans ou plus à la tête de la communication de l’Armée de Terre, avec un master 2 à HEC pendant l’Ecole de Guerre, pour un officier motivé par cette perspective, qui pourrait s’y consacrer pleinement au lieu d’attendre son commandement en essayant de comprendre un système qu’il quittera dès lors qu’il le maitrisera ?

"Mais par communication, j’entends aussi les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux et internet au sens large ont un impact bien différent que celui de ce seul pauvre « caporal stratégique » qui nous fera perdre la guerre parce qu’il a filmé un dommage collatéral. Internet, c’est le choix. Le choix est un changement fondamental entre la jeunesse d’aujourd’hui et la jeunesse d’il y a encore 15 ans. Les jeunes, il y a encore 15 ans, lorsqu’ils n’étaient pas totalement satisfaits, restaient « faute de mieux ». Aujourd’hui, ils cliquent, chattent, twittent, et vont signer ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’on a pas compris comment évolue la société. Ou qu’on s’est borné à la voir telle qu’on voudrait qu’elle soit. Nous n’avons pas d’impact sur le produit de départ mais une obligation de qualité sur le produit d’arrivée. En d’autres termes, plus vite on comprends et on accepte à qui on a affaire, mieux on sera capable de le modeler pour faire de lui un soldat, un combattant, et pas un contractuel au rabais qui vient valider les statistiques. L’image joue aujourd’hui un rôle crucial. Le jeune soldat veut pouvoir rentrer chez lui en étant fier de ce qu’il fait. Vigipirate, par exemple, doit être vu comme une opération de communication gratuite où le jeune soldat est fier d’arborer un faciès de soldat du XXIe siècle qui attire les questions de ses congénères qui lui portent ainsi une vraie considération ! Mais comment voulez-vous qu’il soit fier quand on lui interdit de porter le drapeau français à l’intérieur des frontières (même les Allemands on un drapeau cousu sur l’épaule !) ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand l’équipement qu’on lui fournit est proprement honteux (je vous renvoie au RETEX du 2eREP sur le Mali stipulant que les seuls équipements ayant résisté à un mandat de 4 mois sont les équipements achetés personnellement) ? Comment voulez-vous qu’il soit fier qu’en 4 mois de mandat il ait dû voler les chaussures d’un insurgé qu’il a tué parce que celles qu’on lui donne sont mortes (alors que 2 paires tempérées, une paire été, une paire hiver par combattant déjà payées et livrées sont retenues à Mourmelon sous le libellé « stock guerre ») ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand on n’arrive pas à lui acheminer d’eau mais qu’on lui envoie un hélicoptère plein de rasoirs jetables parce qu’un officier supérieur a vu des photos de soldats non rasés ? Comment voulez-vous qu’il soit fier quand il n’est plus payé ?

"Le jeune qui vient s’engager vient pour beaucoup de raisons diverses, mais nul ne s’épanouit dans un travail qu’il n’aime pas. La différence, c’est qu’aujourd’hui on ne fait plus contre mauvaise fortune bon cœur. Si on ne nous propose pas mieux, on va voir ailleurs.

"L’Armée de Terre a manqué sa professionnalisation. Nous allons commencer à le voir à partir de maintenant, car elle se maintenait jusque là par la compétence d’anciens qui, par la force des choses, se font de plus en plus rares. Car l’avènement du « taux d’attrition », véritable saint-patron de nos armées et première préoccupation réelle des unités, a engendré un virage démagogique dont l’armée de terre ne pourra que difficilement se remettre. Tous les moyens sont bons désormais pour garder les jeunes, qu’ils correspondent ou non à l’emploi à honorer, pourvu que les chiffres soient respectés. Mais cela est complètement contre productif : trop dorloté (je ne parle pas ici des violences physiques qui n’avaient plus leur place chez nous), le jeune engagé est très vite déçu par la vie en compagnie où il s’ennuie – en partie aussi parce que leurs supérieurs sont accaparés par des tâches administratives qui ne devraient pas être dans leurs prérogatives, et ne re signent pas. Il en résulte une perte croissante des compétences qui ne va que s’aggraver à mesure que le vivier de « vieux soldats » s’épuise. Et comment maintenir un niveau de compétence suffisant quand on doit former sans cesse des nouveaux qui partiront 5 ans après ? Et ceux qui restent ne sont pas assez endurcis moralement pour supporter les vicissitudes de la vie militaire.

"La première chose qu’il fallait changer lors de la professionnalisation, c’était l’état d’esprit. Mettre un terme à « un beau soldat c’est déjà la moitié d’un bon soldat ». On confond encore dans cette armée l’entretien de la tenue avec le culte de l’apparence. On confond rigueur et rigorisme. Et les contacts croissants avec les armées étrangères en sont à chaque fois une nouvelle démonstration. Une journée avec une section anglaise suffit. Sport le matin : les anglais arrivent tous dans une tenue différentes mais dans laquelle ils sont à l’aise pour tirer le meilleur parti de leur séance, les Français arrivent tous dans la même tenue, la moitié s’arrache les cuisse, certains on trop froid, etc… Tir l’après midi : les anglais s’entrainent avec le matériel avec lequel ils combattent, pas nous. Parcours naturel : on a fait les fiers le matin en sport en débardeur alors qu’il gèle, les Anglais n’ont rien dit et arrivent maintenant tous en treillis rangers T-shirt et vont casser la glace de l’étang. Soir : nettoyage armement, le Français n’a pas le droit d’écouter de musique, doit rester trempé à gratter son famas avec des ustensiles fournis inadaptés pendant que l’Anglais est en civil et se détend en nettoyant son arme, comme un soldat professionnel qui nettoie son outil de travail. Car à la fin de la journée, son arme est propre, il a travaillé ses performances physiques, la manipulation de son équipement de combat, et sa rusticité. Le Français a montré qu’il ne réfléchit pas, et qu’il n’est pas meilleur. Sauf que le soir, le Français va sur internet se chercher un autre emploi.

"La mentalité des chefs n’a pas changé, ils sont toujours fiers de « faire des miracles avec rien ». On peut être fier d’être capable de continuer en situation difficile quand on a plus rien, on ne peut accepter de devoir faire tout avec rien. Et c’est bien là le problème. Le rôle des généraux, c’est de défendre leur armée auprès (contre) des politiques. Mais comment voulez-vous le faire quand ils sont à ce point déconnectés ?

"Nous allons payer très cher leur manque de pragmatisme. Il y a de l’autre côté de la Manche un pays qui connaît les mêmes difficultés financières que nous. Un pays où les officiers sont extrêmement loyaux, mais qui ont choisi de dire « non » lorsqu’on leur demande d’honorer un théâtre sur lequel ils ne peuvent pas agir de manière professionnelle, afin de mettre les politiques en face de leurs responsabilités. Dans 10 ans, l’armée anglaise aura gardé ses savoir-faire techniques et tactiques qu’elle aura continué à entretenir à moindre échelle, et elle sera dotée de 2 porte-avions de classe Queen Elizabeth. Dans 10 ans, je ne donne pas cher de notre armée qui est d’ores et déjà, en hommes comme en matériels, moins nombreuse que l’armée Suisse."

Lieutenant Arène

Source: http://www.penseemiliterre.fr/index.php?post/2013/11/19/Humeur-%3A-la-faillite-des-g%C3%A9n%C3%A9raux

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Traditionalisme saint-Pie-X: Schisme ou pas schisme?

Publié le par Section de Bordeaux & Basse-Guyenne de l'Action française

Nous livrons ci-après, pour l'édification de ceux de nos lecteurs que ces querelles byzantines intéressent, une analyse parue sur un site d'informations traditionaliste, émanation de la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (F.S.S.-P.-X), sur les récentes déclarations du nouveau préfet de la sacrée congrégation pour la doctrine de la Foi, qui dressent un bilan sévère des négociations menées par le Saint-Siège avec la F.S.S.-P.-X. sous le pontificat de Benoît XVI. Alors, schisme ou pas schisme: "that is the question"! On remarquera simplement que l'affirmation persistante de la fraternité Saint-Pie-X de ne pas être schismatique n'est pas jugée suffisante par le Vatican. Cela se comprend: dans aucune société, une soumission toute théorique et verbale ne va pas sans obéissance pratique... Que serait une armée qui reconnaitrait la légitimité de son général, mais jugerait son état-major mal inspiré, refuserait tous ses ordres et discuterait le plan de bataille? C'est pourtant le tour de force que la F.S.S.-P.-X. réussit, non sans dynamisme et succès, depuis quarante-quatre ans! C'est sans doute ce que l'on appelle en géométrie la quadrature du cercle?

A.F.-Bordeaux & Basse-Guyenne

"Le 22 décembre 2013, Mgr Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a fait dans un entretien accordé au Corriere della Sera, la réponse suivante :

"Corriere : Les négociations ayant échoué, quelle est la position des lefebvristes ? Mgr Müller : « L’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. Après quoi nous ne fermons pas la porte, jamais, mais nous les invitons à se réconcilier. Mais eux aussi doivent changer leur attitude, accepter les conditions de l’Eglise catholique, et le Pontife Suprême comme critère définitif d’appartenance. »

"Cette déclaration de Mgr Müller n’est pas une nouveauté ; elle reprend ce qu’il disait déjà, en octobre 2012, dans l’entretien accordé à la radio allemande NDR : « D’un point de vue pastoral, la porte est toujours ouverte », tout en précisant : « Il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le concile Vatican II. Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la tradition de l’Eglise, à la rigueur, il s’oppose à certaines interprétations erronées de la foi catholique. Nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible ». Et d’insister : « La Fraternité Saint-Pie X connaît les exigences qu’elle doit accepter. Je pense qu’il n’y aura désormais plus de nouvelles discussions ». – Bien évidemment, la Fraternité Saint-Pie X ne nie aucun article du Credo et professe toute la foi catholique ; c’est lui faire un mauvais procès que de le mettre en doute. Elle ne s’oppose qu’à toutes les nouveautés qui, depuis 50 ans, altèrent la foi catholique.

"Mais ce qui est nouveau dans la réponse de Mgr Müller, c’est l’affirmation d’un schisme. En effet, c’est la première fois qu’une autorité romaine de ce niveau parle de schisme : « L’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. »

"Dans la première partie de sa réponse – « l’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle » –, on peut penser que Mgr Müller reprend ce qu’avait affirmé Benoît XVI dans sa lettre aux évêques, du 10 mars 2009, expliquant le retrait des « excommunications », où il distinguait entre le plan disciplinaire et le plan doctrinal, affirmant que les membres de la Fraternité Saint-Pie X, même désormais non-excommuniés (au plan disciplinaire), n’avaient pas de statut canonique parce que le désaccord doctrinal subsistait : « le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Eglise, ne se base pas en fin de compte sur des raisons disciplinaires mais doctrinales » Et Benoît XVI insistait : « Tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Eglise, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Eglise. »

"Cependant, le pape ne parlait pas de schisme, comme le fait aujourd’hui Mgr Müller – « il reste celle (l’excommunication) sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. » –. On peut même ajouter que des prélats romains ont refusé non seulement le mot, mais aussi la réalité du schisme s’agissant de la Fraternité Saint-Pie X.

"Ainsi, dans une lettre datée du 3 mai 1994, le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, répondait à un correspondant étranger : « En ce qui concerne votre demande, je voudrais faire remarquer tout de suite que le Dicastère sur l’œcuménisme n’est pas concerné par la Fraternité Saint-Pie X. La situation des membres de cette Société est une affaire interne de l’Eglise catholique. La Fraternité Saint-Pie X n’est pas une autre Eglise ou Communauté ecclésiale dans le sens qu’utilise ce Dicastère. Bien sûr, la messe et les sacrements administrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont valides. »

"Le 13 novembre 2005, à la chaîne italienne TV Canal 5, le cardinal Dario Castrillón Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé et président de la commission Ecclesia Dei, expliquait : « Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. Il y a, dans le fait de consacrer des évêques sans le mandat pontifical, une attitude schismatique. Ils sont à l’intérieur de l’Eglise. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite – comme cela a été dit durant la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe. »

"En mai 2008, le prélat romain, interrogé par Vittoria Prisciandaro pour la Société Saint-Paul, déclarait : « (…) comme nous l’avons souvent dit à Ecclesia Dei, il ne s’agit pas d’un vrai schisme mais d’une situation anormale apparue après l’”action schismatique” de Mgr Lefebvre avec l’attribution de l’épiscopat sans mandat pontifical, à l’encontre de la volonté exprimée par le pape. »

"Et dans le Süddeutsche Zeitung du 25 septembre 2009, il précisait : « De 1988 jusqu’à l’an 2000 tous les dialogues ont été interrompus. Ils n’ont repris qu’en l’an 2000 et un nouveau processus a débuté, suivi de très près par le cardinal Ratzinger, alors membre de la Commission Ecclesia Dei. En 2001, dans un consistoire présidé par le Saint-Père, tous les cardinaux présents ont accepté le processus pour l’entrée en communion des Lefebvristes. Dans la présentation au consistoire, en se basant sur une Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a dit que les frères excommuniés n’avaient pas un caractère hérétique ou schismatique. Ils étaient certes le produit d’une action schismatique. En ce qui concerne leur position face au Concile Vatican II, les difficultés se sont exprimées sur le texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile. Les plus grandes difficultés se rapportaient au décret sur la liberté religieuse et l’œcuménisme. »

"D’ailleurs, on peut noter que dans le sermon qu’il prononça lors des sacres épiscopaux du 30 juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre tint à déclarer aux fidèles quelle était son intention précise en posant cet acte : « Il est nécessaire que vous compreniez bien que nous ne voulons pour rien au monde que cette cérémonie soit un schisme. Nous ne sommes pas des schismatiques. Si l’excommunication a été prononcée contre les évêques de Chine qui se sont séparés de Rome et qui se sont soumis au gouvernement chinois, on comprend très bien pourquoi le pape Pie XII les a excommuniés. Mais il n’est pas question pour nous du tout de nous séparer de Rome et de nous soumettre à un pouvoir quelconque étranger à Rome, et de constituer une espèce d’Eglise parallèle comme l’ont fait, par exemple, les évêques de Palmar de Troya en Espagne qui ont nommé un pape, qui ont fait un collège de cardinaux. Il n’est pas du tout question de chose semblable pour nous. Loin de nous ces pensées misérables de nous éloigner de Rome. Bien au contraire, c’est pour manifester notre attachement à Rome que nous faisons cette cérémonie. C’est pour manifester notre attachement à l’Eglise de toujours, au pape, et à tous ceux qui ont précédé ces papes qui, malheureusement, depuis le concile de Vatican II ont cru devoir adhérer à des erreurs, des erreurs graves qui sont en train de démolir l’Eglise et de détruire tout le sacerdoce catholique. »

"A celui qui trouverait paradoxal d’entendre Mgr Lefebvre refuser le terme de schisme, au cours même de la cérémonie des sacres épiscopaux, on conseillera de lire le R. P. Héribert Jone O. F. M.Cap. qui écrit dans son Précis de théologie morale catholique, n° 432, 1 (Salvator, 1935) : « Est schismatique celui qui, par principe, ne veut pas être soumis au pape…, mais n’est pas schismatique celui qui refuse simplement d’obéir au pape, alors même que ce serait pendant longtemps. »

"Et sur ce point, on lira avec profit le jugement de saint Augustin : « Souvent aussi la divine Providence permet que, victimes des agitations séditieuses excitées par les hommes sensuels, des justes même soient exclus de l’assemblée des chrétiens. S’ils endurent patiemment ces outrages et ces injustices, sans vouloir troubler la paix de l’Eglise par les nouveautés du schisme ou de l’hérésie, ils montrent à tous avec quel dévouement véritable, quel amour sincère l’homme doit servir son Dieu. Ces chrétiens dévoués ont dessein de rentrer au port, quand le calme aura succédé à la tempête. S’ils ne le peuvent, soit parce que l’orage continue à gronder, soit parce qu’ils craignent que leur retour n’entretienne la tempête ou n’en excite de plus terrible, ils préfèrent pourvoir au salut des agitateurs qui les ont chassés et, sans réunir des assemblées secrètes, ils soutiennent jusqu’à la mort et confirment par leur témoignage la foi qu’ils savent prêchée dans l’Eglise catholique. Celui qui voit leurs secrets combats sait en secret couronner leur victoire. Cette situation semble rare dans l’Eglise, mais elle n’est pas sans exemple, elle se présente même plus fréquemment qu’on ne pourrait le croire. Ainsi tous les hommes et toutes leurs actions servent à l’accomplissement des desseins de la divine Providence pour la sanctification des âmes et l’édification du peuple de Dieu. » (De la vraie religion, 6,11).

"On est d’autant plus surpris par la récente réponse de Mgr Müller au Corriere della Sera que, tout de suite après, il déclare à propos du théologien de la libération Gustavo Gutiérrez : « Gutiérrez a toujours été orthodoxe. » De fait, Mgr Müller a écrit un livre avec lui, traduit en italien sous le titre “Dalla parte dei poveri” (Du côté des pauvres), et comme le rapportait le journaliste anglais William Oddie, dans le Catholic Herald du 6 juillet 2012, citant le vaticaniste américain John Allen, « chaque année depuis 1998, Mgr Müller se rend au Pérou pour ‘prendre une leçon’ de Gutiérrez. En 2008, il a accepté le titre de docteur honoris causa de l’Université catholique pontificale du Pérou, qui est largement considérée comme un bastion de l’aile progressiste de l’Eglise péruvienne. A cette occasion, il a salué Gutiérrez et ‘défendu sa théologie’. ‘La théologie de Gustavo Gutiérrez, indépendamment de la façon dont vous la regardez, est orthodoxe, car elle est ‘orthopratique’, a-t-il déclaré publiquement : ‘Elle nous enseigne la manière correcte d’agir d’une manière chrétienne, car elle vient de la vraie foi’. » –

"On comprend dès lors : si Gutiérrez est orthodoxe – et même ‘orthopratique’ – aux yeux de Mgr Müller, la Fraternité Saint-Pie X ne peut être que ‘schismatique’. C’est toute la différence entre la théologie de la libération et celle de la tradition. Mais dans ce contexte, force est de reconnaître que l’emploi du mot ‘schisme’ relève de l’arbitraire le plus complet. On peut donc aisément conclure que la récente déclaration du préfet de la Congrégation de la foi rend impossible une « réconciliation ». Mais comment comprendre cette affirmation apparemment contradictoire : « nous ne fermons pas la porte, jamais » ? L’entretien à la radio allemande NDR, en octobre 2012, lève la difficulté : « D’un point de vue pastoral, la porte est toujours ouverte ; mais il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le concile Vatican II ». Autrement dit, la porte est ouverte pastoralement, mais elle est fermée doctrinalement.

"En ajoutant dans le même entretien : « Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la tradition de l’Eglise, à la rigueur, il s’oppose à certaines interprétations erronées de la foi catholique. Nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible », Mgr Müller reconnaît, malgré lui, que le concile Vatican II peut tout assimiler pastoralement, mais que la doctrine traditionnelle sur la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité… est inassimilable par le premier concile pastoral et non dogmatique de l’histoire de l’Eglise. C’est ce qu’avaient montré les entretiens doctrinaux entre les théologiens romains et ceux de la Fraternité Saint-Pie X, entre 2009 et 2011.

(Sources : Corriere della Sera/NDR/ Süddeutsche Zeitung/archives dici.org – DICI du 11/01/14)

Article publié dans: http://www.dici.org/actualites/a-propos-dune-declaration-de-mgr-muller-sur-le-schisme-de-la-fraternite-saint-pie-x/

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