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Pierre Pujo et la thèse des "deux France": une vue de l'esprit antipatriotique

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française

En ce jour de fête nationale par temps de centenaire de la Grande Guerre, nous donnons un article de notre Maître Pierre Pujo (+), qui réfute les arguties fallacieuses d'un historien à particule, volontiers repris par la Droite conservatrice et réactionnaire, et par l'extrême-Droite européiste et identitariste, selon lesquels d'une part, depuis la Révolution dite française, il y aurait deux patries, deux France et qu'à l'époque contemporaine, d'autre part, la France se serait "suicidée", une fadaise qui n'est pas sans rappeler celle du journaliste jacobin du Figaro Zemmour.

Cette thèse iconoclaste n'est qu'une vue de l'esprit qui aboutit à dévaluer la grandeur du sacrifice de nos prédécesseurs sur notre terre, - dont M. de Viguerie serait bien incapable, - et qui a permis que nous soyons libres, - et non Boches! Elle exclue la politique et elle nie l'existence et la vigueur de la Nation!

Les réflexions d'il y a dix ans de notre Maître, comme celles de Maurras, sont d'une justesse inégalée, elles n'ont pas vieilli et ne vieilliront pas, parce qu'elles sont enracinées, non prisonnières d'une idéologie ou montées sur de l'activisme, mais dans la méthode la plus scientifique qui soit en politique française: l'empirisme organisateur.

Vive donc Pujo et honneur à sa mémoire!

A.F.-Grand Sud-Ouest

"Il y a cinq ans, le professeur Jean de Viguerie publiait un ouvrage intitulé Les deux patries qui suscita la controverse. François-Marie Algoud lui répondit par un gros volume France notre seule patrie auquel je donnai une préface (Éditions de Chiré, 2001). Algoud et moi, nous contestions certaines thèses paradoxales de l’auteur, notamment sur Charles Maurras et les nationalistes français. Voici que Jean de Viguerie publie une nouvelle édition de son ouvrage mais sans répondre aux objections qui lui ont été faites. Celles-ci pourtant reposaient sur des faits et des textes qui montraient la fragilité des démonstrations du cher professeur, abusé par son esprit de système. Il nous faut donc reprendre notre controverse, car certaines des idées développées par Jean de Viguerie sont non seulement fausses mais dangereuses.

"L’auteur est en effet un spécialiste de l’histoire religieuse de la France à laquelle il a consacré de solides ouvrages. Il a aussi publié cette année sur Louis XVI une étude saluée par l’ensemble de la critique. À première vue il bénéficie de la part du public catholique d’un préjugé favorable. Il est d’autant plus important de mettre en garde celui-ci contre les affabulations et les commentaires tendancieux que contient son ouvrage sur Les deux patries où il oppose le patriotisme traditionnel et le patriotisme révolutionnaire.

"Attaques contre Maurras

"L’auteur dénonce justement le patriotisme idéologique exalté par la Révolution française. La patrie devint alors l’espace rassemblant tous les hommes partageant la même idéologie issue des Lumières. Elle se réduisit alors à un ensemble d’abstractions sanguinaires.

"Il est insensé, en revanche, de faire de Maurras un adepte de ce patriotisme révolutionnaire sous prétexte qu’il a placé la France avant tout et appelé tous les Français, quelles que soient leurs idées politiques, philosophiques et religieuses, à assurer les conditions de sa survie. La thèse de Jean de Viguerie conduit à une absurdité. Il déclare ainsi à notre confrère Rivarol, pour lequel Jérôme Bourbon l’a interviouvé en août dernier : « Le patriotisme révolutionnaire a tué la France. » Maurras, ayant selon lui adhéré au patriotisme révolutionnaire, aurait donc participé à l’assassinat de la France ?

"L’intérêt national dont Maurras a fait son critère pour juger les hommes, les politiques et les institutions, ne vient pas de l’héritage idéologique de la Révolution. Il est fondé sur l’idée d’une patrie qui existe indépendamment de l’idée que chacun de nous s’en fait. Dans son livre Votre Bel Aujourd’hui Maurras donne cette définition : « Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ; ce sont des autels et des tombeaux ; ce sont des hommes vivants, père, mère et frères, des enfants qui jouent aux jardins, des paysans qui font du blé, des jardiniers qui font des roses, des marchands, des artisans, des ouvriers, des soldats. Il n’y a rien au monde de plus concret... »

"Viguerie reconnaît cette vision concrète de la patrie chez Maurras, mais s’échine quand même durant des pages à vouloir démontrer le ralliement de celui-ci au patriotisme révolutionnaire. Pour Viguerie les nationalistes intégraux « combattent la démocratie et les droits de l’homme mais ils ne voient pas bien l’idéologie qui est derrière, ils ne visent ni l’utopie, ni la réduction de l’homme, ni la négation de l’être que cette idéologie contient, ils ne dénoncent pas l’attachement au néant qu’elle commande. » Il faut pas mal de prétention à Jean de Viguerie pour soutenir que Maurras n’aurait pas “bien vu” les conséquences et les méfaits du système de pensée issu de la Révolution.

"Mais voilà l’accusation majeure : Maurras avait adhéré au positivisme et au matérialisme à l’honneur au XIXe siècle. Mais le chef de l’Action française n’a-t-il pas maintes fois expliqué que la science politique ne s’opposait pas à la tradition catholique, mais venait au contraire la conforter.

"...Contre les catholiques aussi

"Il est paradoxal qu’après avoir reproché à Maurras d’avoir une doctrine trop laïque, Viguerie s’en prenne aux catholiques du début du XXe siècle coupables d’avoir exalté un patriotisme qui, selon lui, correspondait aux vœux des dirigeants républicains d’alors (lesquels étaient au contraire, pour une bonne part d’entre eux internationalistes et pacifistes). Plût au Ciel qu’aujourd’hui le patriotisme soit encore enseigné dans les catéchismes !

"Jean de Viguerie confond la patrie réelle et l’idée que les hommes s’en font. Que dans le monde des idées pures, la conception traditionnelle de la patrie et la conception révolutionnaire soient incompatibles, nous en convenons volontiers. Mais dans les faits, une multitude d’hommes ont mélangé les deux notions, cumulant l’attachement à la patrie charnelle et les “grues métaphysiques” léguées par la Révolution.

"C’est pourquoi il est insensé de tourner en dérision comme le fait Viguerie, la « religion de la Patrie » et de condamner “l’Union sacrée” réalisée en 1914. Contrairement à ce qu’il soutient, la guerre déclenchée par l’orgueil allemand n’était pas une guerre révolutionnaire, à la différence de la guerre de 1792. La France était envahie. Il fallait la défendre sous peine de subir la loi humiliante du vainqueur. Les Français ont fait taire leurs divergences idéologiques et politiques pour courir aux frontières. Ils n’ont pas été « trompés », n’en déplaise à M. de Viguerie; la patrie, la patrie charnelle, était réellement en danger.

"Et qu’importe que les gouvernements républicains aient alors parlé de « la guerre du Droit » tandis que le clergé exaltait la France chrétienne menacée. Les uns et les autres motivaient les combattants à leur façon. Reprochera-t-on à Maurice Pujo mobilisé en 1915 d’avoir un jour entonné la Marseillaise dans un train de soldats – sensiblement plus jeunes que lui – qui montaient au front et “n’avaient pas le moral” ? Jean de Viguerie pousse un peu trop loin l’indécence en se moquant des formules parfois excessives par lesquelles les Français exprimaient alors leur patriotisme. Il ne voit que l’écume des choses et se laisse abuser par les mots au lieu de considérer la réalité du conflit.

"Les propos de Viguerie confinent même au blasphème. Ainsi, dans son interviouve à Rivarol, déclare-t-il à propos de l’Alsace et de la Lorraine : « On peut se demander s’il fallait faire tuer un million trois cent cinquante trois mille hommes pour les récupérer ». Il soutient que « les Alsaciens-Lorrains n’ont pas tellement souffert sous l’administration allemande, les catholiques notamment ». Ils ont jadis fait partie du Saint-Empire et pouvaient demeurer au sein du nouvel Empire allemand...

"Viguerie oublie que redevenir français c’était quelque chose de capital pour nos compatriotes arrachés de force à la mère-patrie en 1871 ! Viguerie observe que le patriotisme révolutionnaire conduit de nos jours à dissoudre la France dans le mondialisme. Nous en convenons volontiers. L’idéologie des Droits de l’Homme et de la Démocratie ne reconnaît pas les frontières. Mais ce que refuse de voir l’auteur c’est que l’Action française, en dégageant le patriotisme de l’idéologie, lui confère des assises plus solides et plus de force dans ses manifestations.

"Mise en garde

"À vrai dire, Jean de Viguerie est obsédé par l’idée que la France est « morte » et s’essouffle à chercher à le démontrer. Maurras, au contraire, est un professeur d’espérance. Tout au long de sa vie, il n’a pas cessé d’enseigner à ses contemporains les moyens de servir la France car, malgré les épreuves subies, il croyait comme Jacques Bainville (pourtant pessimiste de nature), que « pour les renaissances il est toujours de la foi ».

"L’autre divergence fondamentale entre Viguerie et Maurras, c’est que le premier ne croit plus à la nécessité de l’action politique tandis que le second démontre la place essentielle du politique dans les sociétés humaines. Dans l’avant-propos de son livre, Viguerie témoigne d’une effarante naïveté : « On ne peut, nous avait-on dit, exister sans le politique. Mais n’existons-nous pas ? En tout cas cette génération se prépare à se passer de lui ».

"Pour l’auteur, il faudrait défendre notre héritage de civilisation, se protéger à tout moment « contre l’avilissement des mœurs et la désagrégation générale de la société » [...] « Prier, étudier, servir nos proches, secourir les malheureux, cultiver l’amitié... » Noble idéal. Mais comment Viguerie pourra-t-il le pratiquer si la cité n’est pas défendue, si elle est livrée aux démagogues, si elle est asservie à un pouvoir étranger, comme elle en est menacée actuellement avec le projet de constitution européenne ?

"Viguerie prône la désertion devant le combat politique essentiel. Nous ne saurions trop mettre en garde les catholiques, auxquels il s’adresse et qui comptèrent longtemps parmi les meilleurs défenseurs de la Patrie. Devant l’urgence, il faut rassembler tous les patriotes fussent-ils imprégnés d’une idéologie démocratique défraîchie pour sauvegarder une France aujourd’hui en grand péril et dont la survie importe plus que toutes les idéologies.

Source: Pierre Pujo, L'Action Française 2000 - 7 octobre 2004

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L'élitisme de la fédération Grand Sud-Ouest de l'Action française expliqué

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'Action française

On reproche parfois, de façon intéressée, à la fédération Grand Sud-Ouest de l'Action française et à ses sections locales de Bordeaux & Basse-Guyenne, de Toulouse & Haut-Languedoc, de Pau & Pyrénées et de Bayonne & pays basque leur refus total de l'activisme stérile, - fût-il d'extrême-Droite, - des manifestations de masse ou des coups fumants qui ne mènent à rien. Ce qu'on feint de ne pas comprendre est que ce refus, loin d'être purement négatif, est le fruit de la longue expérience du terrain et des réalités politiques nationales de nos cadres.

Dans les circonstances actuelles de déréliction de notre Pays, en l'absence de toute alternative viable dans le paysage politique, pour peser sur "l'avenir que tout esprit bien né souhaite à sa Nation" (Maurras), seule importe l'action de formation de fond de l'opinion publique, "par tous les moyens" à notre disposition, et la détection des (rares) militants qui sont capables de faire vivre dans la durée l'Action française. Sans doute, cette tâche stratégique est extrêmement lente et difficile, elle ne convient pas à tous, elle ne s'opère certes pas en jouant à don Quichotte contre les moulins; mais le bilan de l'Action française-Grand Sud-Ouest dans la dernière décennie est éloquent: quatre sections locales créées ou recréées et rayonnant sur une quinzaine de départements, une centaine de réunions organisées, des dizaines d'orateurs prestigieux invités, une Fédération forte, unie, active et résolue, fidèle aux leçons politiques de Pierre Pujo et luttant contre toutes les dissidences. Le temps joue décidément pour la Fédération.

Pour se convaincre de la justesse de cette position, on lira ci-dessous avec intérêt une citation du célèbre critique littéraire de la fin du XIXème siècle, Rémy de Gourmont:

"Réunis en foule, les hommes deviennent particulièrement automatiques, et d'abord leur instinct de se réunir, de faire à un moment donné tous la même chose témoigne bien de la nature de leur intelligence. Comment supposer une conscience et une volonté aux membres de ces cohues qui, aux jours de fête ou de troubles, se pressent tous vers le même point, avec les mêmes gestes et les mêmes cris ? [....] L'homme conscient qui se mêle naïvement à la foule, qui agit dans le sens de la foule, perd sa personnalité ; il n'est plus qu'un des suçoirs de la grande pieuvre factice, et presque toutes ses sensations vont mourir vainement dans le cerveau collectif de l'hypothétique animal ; de ce contact, il ne rapportera à peu près rien ; l'homme qui sort de la foule n'a qu'un souvenir, comme le noyé qui émerge, celui d'être tombé dans l'eau."

Rémy de Gourmont, La Culture des Idées.

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L'Islam, les communautarismes et l'Action française

Publié le par Section de Bordeaux & Basse-Guyenne de l'Action française

En cette fête abrahamique de l'Aïd-el-Kébir, qui incite les croyants des religions du Livre à se replonger dans les origines de leurs fois respectives, on lira sur le site laïcard ci-dessous une analyse du discours ambigu caractéristique des individus disant représenter en Occident une tendance modérée de l'Islam (comme si une religion, quelle qu'elle soit, pouvait être édulcorée!). Sans jeter le moins du monde l'opprobre sur le sujet de l'article plus bas, certainement sincère, rappelons, sur le plan politique qui est le nôtre, qu'un tel combat n'est pas celui du nationalisme intégral, qui veut défendre l'héritage national commun aux Français en ramenant, malgré les difficultés de tous ordres, son gardien vigilant, Mgr le Comte de Paris, Duc de France. Profondément nationale et limitée à un objectif politique, cette noble Cause ne saurait s'intégrer dans les plans de quelque Internationale que ce soit, blanche ou verte. D'ailleurs, la Grande Mosquée de Paris, qui peut seule parler au nom des musulmans français, refuse de soutenir les Frères musulmans, organisation essentiellement étrangère, contestée au Proche-Orient et loin d'être majoritaire dans l'Islam même.

Comment on gagne

Il est symptomatique de la maladie de l'Intelligence politique française que certaines personnes, dont les séjours à l'étranger (au Yémen, en Iran et jusqu'en Corée) font douter de l'allégeance nationale, puissent encore trouver chez des cathos naïfs et autres activistes d'extrême-Droite une crédulité passive et moutonnière. Quand on prétend vaincre, il faut d'abord être fort soi-même, connaître, assumer et illustrer les idées et le passé de son école, et ne pas emprunter à des alliés de rencontre les raisons et la stratégie de la victoire. Ils ne le comprendront jamais, et sont gravement coupables devant la jeunesse française, ceux qui veulent, par exemple, accrocher leur wagonnet "contrerévolutionnaire" à la locomotive démocratique du F.N., dans l'espoir d'obtenir au bout du trajet quelques strapontins de troisième classe! Notre Maître Pierre Pujo nous a enseigné que ce n'est pas là un comportement - et encore moins une politique - d'Action française.

Le danger du communautarisme généralisé

Une chose est de tolérer, dans les limites de l'ordre public et du bon sens, la pratique des cultes non-chrétiens, autre chose de leur accorder une légitimité dans la Cité et de s'allier politiquement avec eux. La France n'est pas un conglomérat de communautarismes, dont l'un serait catho, l'autre musulman, le troisième israélite et le quatrième laïciste. Cette hérésie politique, destructrice de l'Unité nationale, est née de la Démocratie diviseuse. Il est insensé de croire que, parce que les "Etats confédérés", dénoncés naguère, non sans quelque exagération polémique, par Maurras, ont obtenu des situations privilégiées dans la République, la sécession intérieure pourrait valoir à la religion catholique et au nationalisme français les mêmes avantages. Le simple fait d'avoir, cent ans après l'union sacrée de 1914, à rappeler cette vérité première montre le niveau de la dégradation du sentiment national. C'est bien ce problème mental n° 1 de notre temps qu'il s'agit de résoudre.

On peut nier cette réalité, mais la Démocratie est et demeure intrinsèquement anticatholique et antimonarchique et refuse toujours au XXIème siècle, comme au XIXème, le droit de cité à ces options spirituelles et politiques; malgré toutes les manifs, toute tentative dans le sens d'un séparatisme moral est vouée, par son caractère finalement individualiste et électoral, à l'échec. Même si l'histoire récente a fait de la France une Nation divisée entre différentes croyances (et incroyances) religieuses et philosophiques, elle subsiste; sa formation première et, pour ainsi dire, son A.D.N. restent catholiques et gréco-latins. Pourquoi mettre de nous-mêmes au rebut ces titres de gloire nationale, qui nous valent encore un relief d'influence dans le monde et une ombre de cohésion à l'intérieur? Pour nous, le rôle d'un nationaliste est de défendre l'héritage même amoindri, de conserver un minimum de langage commun entre les citoyens. Dans ce combat des idées, les communautarismes n'ont pas à fournir les mots, l'histoire nationale dans sa totalité y suffit amplement.

Ni extrême-Droite, ni relativisme: Politique d'abord!

L'Action française, quant à elle, forte de son "Politique d'abord", se tient à égale distance de la vile démagogie électoraliste, largement pratiquée dans le pays légal (auquel l'extrême-Droite appartient désormais) et tendant à racoler les musulmans, et d'autre part du vulgaire racisme identitariste qui leur refuse d'être pleinement français en raison de leur religion. La section de Bordeaux & Basse-Guyenne de l'Action française, fondée par Pierre Pujo, seule organisation royaliste active et légitime dans le Bordelais, met donc en garde les patriotes français de tous âges contre les tentatives de récupération que pourraient cacher les tréteaux boueux et multiples sur lesquels se produisent ces charlatans. Un nationaliste conséquent et digne de ce nom ne va pas chercher de soutien à l'étranger.

A.F.-Bordeaux & Basse-Guyenne

http://ripostelaique.com/decortiquer-lart-de-lenfumage-et-la-takkya-de-camel-bechikh-et-de-fils-de-france.html

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Connaître le libéralisme pour mieux le combattre avec l'Action française

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

On lira plus bas une intéressante analyse du libéralisme philosophique, effectuée par un catholique traditionaliste,  - et parue naguère sur le site internet de la province de France de la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, - analyse à laquelle l'Action française, qui a été le seul mouvement politique contre-révolutionnaire moderne à dénoncer logiquement ce facteur de dissolution nationale, souscrit volontiers. On se souvient que l'opuscule Libéralisme et libertés (1905) de Charles Maurras, disponible aux bureaux de la fédération Grand Sud-Ouest,  a fondé cette critique de la théorie abusive de l'individu-roi. Le génie de Maurras est de montrer que le libéralisme est un tout, en politique, en religion, dans la Société. Le cardinal Billot l'avait bien compris, lui qui citait le Maître de Martigues en appui de cette thèse, dans son irremplaçable Tractatus de Ecclesia Christi. Pourquoi ses disciples d'aujourd'hui ne le comprennent-ils plus, ou pourquoi ne le proclament-ils pas?

 

Un catholique et un patriote français se trouvera donc en désaccord radical avec la position personnelle de l'auteur, si honnête soit-il, qui prétend ne combattre le libéralisme que "là où il (serait) le plus faible", soit sur les valeurs morales, et pas sur le plan politique (ce qui supposerait la Monarchie traditionnelle et nationale et la mort de la Démocratie) ni sur le plan économique (ce qui supposerait le corporatisme anticapitaliste et organisateur et la fin du monopole d'une économie anarchique). Une telle position étonne chez un contre-révolutionnaire! Comment vouloir ne combattre qu'une partie des causes d'un mal? C'est un peu comme si les Vendéens n'avaient voulu combattre que la levée en masse des conscrits, et pas la constitution civile du clergé, ou l'avènement de la Démocratie-Moloch!

 

Le vrai médecin du corps humain, comme celui du corps social, le politique, traite l'homme entier. Il est vrai que la résolution de l'antiphysie libérale dépend, en grande partie, sur le plan matériel, de l'action du Pouvoir politique et donc échappe par nature à celle du clergé. Serait-ce là la raison secrète d'un cléricalisme déplacé, qui ferait obéir les traditionalistes, plutôt qu'à la saine logique, à des consignes vaticanes de Ralliement aux institutions républicaines pour mieux en changer, plus tard, la législation? Mais, d'une part, elles ont échoué toujours et partout (qu'on se souvienne, par exemple, de l'Action catholique et de ses nombreuses succursales, de la fédération Castelnau ou de la "Cité catholique" d'Ousset); de l'autre, c'est amputer la politique de son objet propre et créer un monstrueux totalitarisme...

 

Rappelons aux catholiques la profonde parole du général de Charette, ancien commandant des zouaves pontificaux, qui fut aussi bon catholique que fidèle royaliste et grand Français: "Quand le pape parle de foi, de dogme, de morale, je l'écoute à genoux; quand il parle de littérature, de sciences, de beaux-arts, je l'écoute debout; quand il parle de politique, et de politique française, je l'écoute assis." Puissent-ils goûter cette liberté d'esprit vraiment française, et en tirer les conséquences qui s'imposent: pour mieux combattre les ravages du libéralisme, il faut prendre, en politique, les moyens naturels qui sont les plus pratiques pour aboutir, soit la voie nationale et royale.

 

A.F.-Grand Sud-Ouest

 

4 Piliers Fédération

 

"I - Les "avantages" comparatifs

du libéralisme dans l'histoire

des idéologies dominantes du XX° siècle

 

"Premièrement, accordons au libéralisme un certain nombre d'avantages comparatifs, par rapport aux idéologies dites de droite ou celles réputées de gauche qui ont sévi au XX ° siècle, qu'il s'agisse du fascisme et du nazisme, d'une part, ou du communisme et du socialisme, d'autre part.

 

"Si le libéralisme est le seul courant de pensée et d'action individuelles et collectives à avoir traversé le XX ° siècle, au point de lui avoir survécu, en tout cas pour l'instant, c'est qu'il porte en lui, incontestablement, quelques qualités spécifiques, qu'il convient de bien connaître, ne serait-ce que pour mieux comprendre en quoi il constitue aujourd'hui une impasse, non seulement pour l'Eglise catholique, mais aussi, et, en un sens, surtout, pour le monde entier.

 

"Voici quelles sont ses principales qualités :

"A. Son enracinement philosophique, avéré et constaté, ou prétendu et supposé, dans l'humanisme européen occidental, que celui-ci soit pré-chrétien ou post-médiéval : on lira sur ce sujet avec profit les deux ouvrages constitutifs de la monumentale Histoire des idées politiques qu'a écrite Monsieur Philippe NEMO (1), et qui ont été publiés aux PUF.

"B. Son efficacité économique, là aussi, avérée et constatée, ou prétendue et supposée(1), à travers l'histoire économique, industrielle, scientifique et technologique, de l'Europe, puis du monde, à compter, à peu près, du XVII° siècle, avec le décollage de la Grande Bretagne et des Pays Bas, deux siècles avant celui des Etats Unis.

"C. Sa spécificité anthropologique et civilisationnelle : le libéralisme n'est pas une idéologie comme les autres : il ne fonctionne ni à l'adhésion, ni à la contrainte, ni à la conviction qu'il emporterait ou susciterait, ni à la douleur qu'il infligerait, ni à la terreur qu'il inspirerait, s'il était une idéologie explicitement agressive et répressive.

                               "1. Il fonctionne à l'agrément et à l'intérêt, au désir, au loisir et au plaisir, au bien - avoir et au bien - être, mais pas, en tout cas pas explicitement, à un bien-agir qui s'opposerait frontalement à un mal-agir. 

                              "2. C'est précisément pour cette raison qu'il n'y a pas, à proprement parler, de martyrs chrétiens, victimes du libéralisme, alors qu'il y a eu des chrétiens qui ont été martyrisés où persécutés, en tant que tels, ou du fait de leur opposition aux persécutions infligées à des non chrétiens, sous le fascisme,  le nazisme, le communisme et le socialisme.

                                "3. Le libéralisme contemporain ne martyrise pas, ne persécute pas, au sens fort du terme ; il n'agresse pas : il marginalise ou ridiculise, et il ne réprime pas. Il ringardise ou stigmatise ; d'où la difficulté de le combattre, en prenant qui que ce soit à témoin, au vu de son principe et de ses pratiques, sauf depuis quelques années, depuis que le libéralisme lui-même n'a plus d'ennemis radicaux, pas même, en un sens, au sein de l'Eglise, mais aussi depuis qu'il apparaît comme une impasse planétaire.

 

                                "4. Entendu ainsi ( a ), le libéralisme est apparemment libérateur, pour l'animalité de l'homme dans son rapport à lui-même, aux autres, et au monde : avec le libéralisme, on ne le dira jamais assez, nous sommes en présence
 

"- d'un pragmatisme sans dogmatique, d'une praxéologie sans axiologie,

 
"- d'une praxis immanentiste, relativiste et subjectiviste, sans éthos normatif, objectif, transcendant,

  
"- d'un ensemble de pratiques, "efficaces" et "opportunes", sans un ensemble de principes contraignants et directifs, qui aurait été fixés, et qui seraient situés, en amont, et en surplomb, des aspirations à l'autonomie des individus.

                             "5. Entendu ainsi ( b ), le libéralisme ne se révèle pas, de prime abord, comme extrêmement asservissant, pour la spiritualité de l'homme, dans son rapport au Créateur, à la création, aux créatures, et au Rédempteur.

 

                             "6. Mais il l'est, néanmoins, puisque le libéralisme tend à transformer chaque individu en son propre créateur, d'une manière démiurgique, sinon diabolique, ce qui aboutit immanquablement au mépris ou à l'oubli, momentané ou définitif, de notre dépendance, vis-à-vis du Seigneur.

                               "7. Dans cette optique, le libéralisme est à la fois permissif et répressif, permissif au temporel, et répressif au spirituel :
 

"- il encourage l'individu à s'approprier toutes ses capacités d'initiative, y compris ses capacités illusoires, provisoires, imaginaires, dans le cadre de ce qu'on appellera ici "l'économie du bien-avoir et du bien-être".

 

"- il dissuade l'individu de s'efforcer, avec la Grâce de Dieu, de s'approprier toutes ses obligations, originaires, de responsabilité de créature, immergée dans la création, ordonnée par le Créateur, et rachetée par le Rédempteur, dans le cadre de ce que l'on appelle communément l'Economie du Salut.

                                "8. Dans cet ordre d'idées, on rappellera pour mémoire qu'à chaque fois que des philosophes libéraux, à travers toute l'histoire des idées, ont évoqué les exigences de la loi naturelle, la référence à la loi naturelle, ils l'ont fait
 

"- en amputant celle-ci de son autorité absolument impérative sur les individus,
 

"- en la privant, en d'autres termes, de son fondement transcendant, de son origine divine.

 

"C’est ce que l’on a vu, en France, sous la III ° République, quant il s'est agi de mettre en avant, dans les écoles publiques, l'équivalent du Décalogue, mais sans ses trois premiers articles... 

 

"II - Les conséquences suicidaires

de l'instillation généralisée du libéralisme

 

"Deuxièmement, quelles sont les conséquences contemporaines du déversement du libéralisme, idéologie caractérisée par une très grande liquidité, par une très grande capacité d’écoulement, de ruissellement, d'imprégnation, d'infiltration, dans ce qui devrait ou ce qui pourrait s'opposer à elle, en matière de religion, de politique, et de morale, c'est-à-dire, précisément, dans le domaine des normes, des principes, des valeurs susceptibles de s'imposer aux «  aspirations à l'autonomie «  des individus ?

 

"Voici quelles sont ces principales conséquences :

"A. La dégradation des religions, du rang des convictions publiques, au rang des opinions privées, avec les répercussions que l'on sait :
 

"- ordonnancement des individus, non plus au "recevoir pour transmettre" des raisons de vivre, mais bien au "produire pour consommer" des moyens de vivre,
 

"- soumission des consciences à une atmosphère spirituelle les faisant passer, sans qu'ils en aient toujours conscience, de la curiosité à l'incrédulité, de l'enthousiasme, voire l'idolâtrie, à l'agnosticisme, voire au scepticisme,
 

"- exposition des croyants à la tentation de bricoler, de fabriquer eux mêmes leur propre religion, leur propre système de croyances, comme s'il était possible, dans ce domaine, de remplir son caddie, en le faisant rouler de rayons en rayons, de changer de magasin, voire de changer de produit, sans que cela laisse des traces, durables et profondes, au coeur de l'agir et de l'être.

"B. La relégation de la politique,
 

"-  du rang d'activité juridico-politique, au service du plus grand nombre possible de citoyens-électeurs, de contribuable -usagers,
 

"- au rang d'agitation médiatico-politicienne, au profit du plus petit nombre possible de manipulateurs et de récupérateurs  d'émotions, d'intérêts, de catégories, de comportements, de clientèles, de corporations(2).


"C. La conjugaison de la morale, parallèlement et simultanément, au pluriel et au singulier :
 

                      "1. Il peut y avoir désormais coexistence, diversité, pluralité, encouragée par « l’Eglise cathodique », des morales particulières, purement conjoncturelles, contextuelles, indicatives et individuelles.
 

                       "2. Mais il doit y avoir néanmoins unicité du point de vue sur la morale, exercice d'un monopole intellectuel,
 

"- spontanément favorable à cette coexistence, à cette diversité, à cette pluralité des morales,
 

"- immédiatement diabolisateur, stigmatisateur, de tout point de vue alternatif, prônant, lui, une morale universelle, qui serait tout à fait impérative, et qui serait située à la fois en amont et en surplomb de toute appréciation, conjoncturelle / individuelle, d’inspiration relativiste et subjectiviste.

 

"III - Le libéralisme : une impasse universelle !

 

"Troisièmement, en quoi le libéralisme contemporain, philosophique, économique, et surtout moral, est-il aujourd'hui une impasse, non seulement pour l'Eglise, mais aussi et surtout pour le monde entier ?

 

"A. Le libéralisme philosophique porte en lui une ambivalence croissante, depuis la mort des idéologies, ouvertement autoritaires ou totalitaires, de droite et de gauche, mais aussi et surtout depuis la concrétisation de la mondialisation, à partir du dernier quart du xx° siècle, la mondialisation étant synonyme de déshumanisation du monde, par l’homme lui–même.

 

                "1. Dans la conjoncture contemporaine, il y a une prise de conscience croissante du fait que les adeptes du libéralisme philosophique que sont les ultra-libéraux, d'une part, les socio - démocrates, d'autre part, sont remarquablement impuissants et silencieux, face à l'accélération et face à l'amplification du mépris ou de l'oubli des origines humanistes du libéralisme, de par la "progression," régressive et transgressive, du genre humain, en direction d'un horizon hédoniste, c’est-à-dire sensualiste et techniciste.

 

                "2. Certes, cet horizon hédoniste n'a plus de libéral que le nom, car il est en réalité bien plus libertaire que libéral, mais il est néanmoins un descendant indirect du libéralisme.

                "3. En ce sens ( a ), l'hédonitarisme humanitariste, qui constitue le dernier avatar du libéralisme philosophique, porte bien son nom : l’hyper-médiatisation de la gestion humanitariste des conséquences de l’abandon des origines humanistes du libéralisme, au profit de l’horizon hédoniste du libertarisme, interdit aux personnes de "remonter" jusqu'aux raisons pour lesquelles cet abandon s'est produit.(3)

 

                "4. En ce sens ( b ), l'esprit de Mai 1968 est bien plus anti-bourgeois, post-industriel, post-libéral et post-moderne, qu'anti-libéral au sens strict du terme, parce qu'il est néo-individualiste, et non anti-individualiste, dans son essence comme dans son devenir.

 

"En témoigne l'insensibilité des « bourgeois bohèmes » (par ailleurs prêts à s'enflammer pour toute "cause" médiatisable ou médiatisée), pour une réponse spécifique à la question sociale, pour un traitement spécifique de la question sociale, compte tenu de tout ce que cette question véhicule de collectif, pour ne pas dire de bassement ouvriériste et populaire.

"B. En économie, les auteurs et les acteurs libéraux avaient tout prévu, sauf... la raréfaction, pour ne pas dire la disparition, des ressources naturelles, à la suite de leur sur - exploitation , abusive et intensive !

 

"C'est  face à cette perspective angoissante et menaçante, celle d'une pollution de la planète, dans son ensemble, celle d'un genre humain menacé par un monde qu'il aura agressé, épuisé, en bon disciple du libéralisme économique, qu'une véritable écologie catholique, qu'une véritable écologie du salut, peut et doit prendre ou trouver toute sa place dans le débat public, d'autant plus que l'écologie libérale, elle, en bonne praxéologie sans axiologie, en bonne praxis sans éthos, se gardera bien, elle, de dire clairement, aux hommes de ce temps, que leur salut passe par une conversion des créatures que sont les hommes, en direction de leur Créateur et Rédempteur.

"C. En morale, les adeptes et les apôtres du libéralisme peuvent constater ou contempler, non les excès imprévisibles, mais les effets bien prévisibles, de la mise en oeuvre du libéralisme au coeur de l'esprit public et au sein du corps social.

                       "1. A quoi assistons-nous en effet, sinon à la mise à mal, pour ne pas dire la mise à mort, de l'idée, typiquement libérale, selon laquelle l'individualisme constitue le meilleur rempart contre le totalitarisme ?

"Qui ne voit en effet qu'il n'y a aucune contradiction fondamentale
 

"- entre le néo-individualisme hédoniste libertaire, anarchique et anomique, cette barbarie urbaine, sensualiste et techniciste, agressive et permissive, régressive et transgressive, qui caractérise ce début de millénaire,
 

"- et une certaine forme, une certaine sorte de néo-totalitarisme, dans le cadre duquel chacune subit une injonction audio-visuelle, une prescription télévisuelle,
 

"- non pour affirmer, puis affermir, grâce à Dieu, une authentique dignité, une véritable liberté, en soumettant son animalité à sa spiritualité,

 

"- mais pour affranchir son animalité de toute exigence de spiritualité, de toute référence à sa spiritualité, au point de soumettre tout son agir et tout son être, tout son esprit et toute sa vie, aux instincts, aux pulsions qui lui sont imposés et inspirés par le " système " ?

 

                   "2. A partir de là, on peut se demander si Jean-Paul II lui – même n’a pas pris conscience du fait que le relatif ralliement de l’Eglise catholique, à travers l’évolution de son magistère, au libéralisme économique, notamment dans la Lettre encyclique Centesimus Annus (**), ne devait pas être « équilibré, »  par une explicitation de la spécificité des fondements du jugement de l’Eglise porté sur, et contre, le libéralisme axiologique, comme il l’a fait dans sa Lettre encyclique suivante, Veritatis Splendor (***).

 

"Malheureusement, celle-ci, au sein même de l’Eglise, a subi une véritable conspiration du silence, avec l’absence habituelle de pédagogie de proximité, qui caractérise les diocèses et les paroisses de France… 

 

"IV - Conclusion  :

Quelle doit-être

la position intellectuelle et morale

de l'Eglise ?

 

"Que peut donc être, que doit donc être la position intellectuelle et morale de l’Eglise, en tant qu’institution, des catholiques, en tant que membres de cette institution, face à la transmutation contemporaine du libéralisme en libertarisme, en d’autres termes, face à sa liquéfaction ?

 

"C’est ici, au terme de cette tentative de contribution à un débat central et crucial, que je plaide, à titre personnel, pour l’enracinement de cette position au plus profond d’un terreau doctrinal d’inspiration, en quelque sorte, non néo–augustiniste, mais néo–augustinienne.

 

"Je m’explique : l’unique alternative radicale au libertarisme contemporain réside dans la mise en avant d’une réhabilitation, à l’attention de tous, de la distinction entre l’ordre de la Grâce et l’ordre du péché, alors que le libertarisme contemporain porte en lui un mépris, un oubli souverains, du sens de la Grâce et du sens du péché.

 

"Après et avec Saint Augustin, redisons, à la face du monde, que deux amours ont fait deux cités, et que l’un de ces deux amours est en train de finir de défaire la cité, de mettre à mal, de menacer de mort, l’éthos et le cosmos, parce que cet amour  est hostile au seul Logos vraiment libérateur, au Verbe incarné.

 

"Il ne s’agit pas de prôner un catholicisme de combat, mais un catholicisme de sursaut, au service de l’humanité, au meilleur sens du terme, puisqu’il s’agit d’inciter fermement celle-ci à s’élever au dessus d’elle-même, pour son salut, à commencer par son salut terrestre.

 

"Ici, l’on voit à quel point le ralliement de l’Eglise catholique au libéralisme philosophique, tel qu’il s’est produit, au moment du Concile, en ce qui concerne les religions non chrétiennes et la liberté religieuse, s’est avéré, pour ainsi dire « contra–cyclique », puisqu’il a privé l’Eglise d’une grande partie de la substance de la radicalité et de la spécificité du discours qu’elle a vocation à tenir aujourd’hui.

 

"Il ne faut, en effet, pas se leurrer : la mise en œuvre de ce catholicisme de sursaut, de cette axiologie et de cette écologie du salut, sur et contre le libertarisme contemporain, restera condamnée à l’inaudibilité, tant qu’il n’y aura pas eu de mise en forme, au préalable, d’une réaffirmation officielle et solennelle, philosophique et théologique, de la spécificité, sous le signe de la supériorité, pour ne pas dire de l’exclusivité, de la religion révélée, par rapport aux religions erronées.

 

"En apparence, ceci n’a rien à voir avec cela ; en réalité, si l’Eglise, par la voix du souverain pontife, veut à nouveau préciser ou rappeler, à l’ensemble et dans l’intérêt de l’humanité, un niveau d’exigences axiologiques ou écologiques élevé, elle le fera d’autant plus en toute liberté qu’elle aura, au préalable, précisé ou rappelé en quoi et pour quoi son message, sa parole, sont d’une nature irréductiblement spécifiques et supérieurs. 

 

"François Lemoine

"25 mars 2007"

 

Notes de l'auteur

  

(1) Mais pourquoi donc : avéré(e) et constaté(e), ou prétendu(e) et supposé(e) ? Pour la raison suivante : en philosophie comme en économie, le libéralisme compte des opposants et des partisans ; ce qui est symptômatique de l'hégémonie intellectuelle du libéralisme, c'est qu'il amène même ses adversaires à s'opposer à lui, régulièrement, sur l'un ou l'autre de ces deux terrains, celui de son enracinement philosophique ou celui de son efficacité économique, ce qui les amène ainsi à le combattre sur les terrains sur lesquels il est le plus solide, aux yeux de ses propagandistes ou de ses propagateurs. Or, toute mon analyse tend à montrer que s'il faut combattre le libéralisme, il convient de le faire là où il est le plus faible,
 

- non sur le terrain des valeurs philosophiques, telles qu'elles sont pensées par les auteurs,
 

- non sur le terrain des valeurs économiques, telles qu'elles sont produites, distribuées, achetées, consommées, par les acteurs, 
 

- mais sur le terrain des valeurs axiologiques, telles qu'elles ont vocation à être pensées et vécues par les êtres concrets.

 

(2) Faute de temps,  je ne développe pas l'examen, l'exposé, de cette répercussion : il n'est que de suivre l’actualité du moment...

 

(3) Sous l’angle chronologique, il s’est vraisemblablement produit dans les dix à vingt années qui ont précédé 1968, à peu près au moment où a commencé, dans l'Ecole comme dans l'Eglise, "la crise de la transmission".

 

Note de la rédaction du blogue

 

(*) Philippe Némo est un historien des idées particulièrement libéral et, tout comme une Anne Coffinier, partisan du libéralisme anarchique appliqué au système scolaire, c'est-à-dire, en fait, de la désorganisation, du dépérissement et de la mort de l'enseignement des enfants du peuple.

 

(**) 1991.

 

(***) 1993.

 

Lexique

 

Axiologie : science des valeurs morales. Valeurs axiologiques : valeurs morales, contraignantes et directives pour l'individu, indépendantes, dans leur formalisation, de ses intentions, de ses intérêts, et, dans leur réalisation, de ses conditions et de ses conduites de vie, par exemple le Décalogue.

 

Ethos : C'est le caractère, l'état d'âme, la disposition psychique. La praxis libérale, qui ne découle pas d'une axiologie, s'oppose ici à l'éthos chrétien, qui dépend bien d'une axiologie.

 

Libertarisme : c'est le dernier avatar du libéralisme, l'extrêmisation contemporaine de la part de relativisme et de subjectivisme qui est présente dans le libéralisme ; d'une certaine manière, l'année 1968 est l'année de naissance du libertarisme.

 

Praxis : une praxis est ici un ensemble de pratiques sans principes normatifs et objectifs ; le libéralisme, en tant qu'ensemble d'actions concrètes, est une praxis.

 

Praxéologie : une praxéologie est ici une systématisation d'une praxis ; le libéralisme, en tant qu'ensemble d'idées théoriques, est une praxéologie, dont l'unique principe est un principe d'adaptation, d'évolution, face aux caractères et aux circonstances.

 

Source: http://www.laportelatine.org/vatican/disputatio/liberalismelemoine/lemoine.php

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Egoïsme de Rousseau contre générosité de Maurras

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

A l'occasion du tricentenaire de la naissance de Rousseau, on trouvera ci-dessous, telle qu'elle est parue dans un mensuel catholique conservateur, Monde & Vie (n° du 16 juin 2012), l'une des rares gloses de la pensée de Maurras sur Jean-Jacques Rousseau qui soit conforme à la vérité. Le titre et les intertitres sont de la Rédaction du blogue.
 
A.F.-Grand Sud-Ouest
 
4 Piliers Fédération
 
 
"Les penseurs contre-révolutionnaires se sont appliqués à critiquer les théories rousseauistes dès le commencement du XIXème siècle, avec notamment Joseph de Maistre et Louis de Bonald. Au siècle suivant, Maurras prolongea l'attaque dans un texte célèbre, le début de La Politique naturelle (1), en opposant à l'utopie rousseauiste les évidences les plus concrètes.
 
Riposte à Rousseau et à son Contrat social
 
"Rousseau n'y est pas nommé, mais le début du texte maurrassien montre qu'il s'agit bien d'une réponse au Contrat social. Le livre de Rousseau s'ouvre par cette déclaration : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Celui de Maurras s'ouvre sur ce constat : « Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de choses lui manque pour crier : "Je suis libre... " Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. » « Il est né. Sa volonté n'est pas née, ni son action proprement dite. Il n'a pas dit "Je" ni "Moi", et il en est fort loin, qu'un cercle de rapides actions prévenantes s'est dessiné autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui périrait s'il affrontait la nature brute, est reçu dans l'enceinte d'une autre nature empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu'il en est le petit citoyen. »
 

 

 

Une inégalité

protectrice et bienfaisante

 
"C'est par là que Maurras discute le principe d'un contrat social originel. Non seulement l'homme n'est pas libre lorsqu'il naît au sein de cette société déjà constituée, mais loin de pouvoir prétendre à aucune forme d'égalité, il bénéficie sans réciprocité d'une inégalité protectrice : « à la première minute du premier jour, quand toute vie personnelle est fort étrangère à son corps (...), il attire et concentre les fatigues d'un groupe dont il dépend autant que de sa mère lorsqu'il était enfermé dans son sein. » Ce groupe « auquel il participe est parfaitement pur de toute égalité : aucun pacte possible, rien qui ressemble à un contrat. Ces accords moraux veulent que l'on soit deux. Le moral de l'un n'existe pas encore. On ne saurait prendre acte en termes trop formels, ni assez admirer ce spectacle d'autorité pure, ce paysage de hiérarchie absolument net. »
 
"En conséquence, conclut Maurras, « personne ne s'est trompé autant que la philosophie des "immortels principes", quand elle décrit les commencements de la société humaine comme le fruit de conventions entre des gaillards tout formés, pleins de vie consciente et libre, agissant sur le pied d'une espèce d'égalité, quasi pairs sinon pairs, et quasi contractants, pour conclure tel ou tel abandon d'une partie de leurs "droits" dans le dessein exprès de garantir le respect des autres. »
 
"Rousseau n'est toujours pas nommé, mais il est évidemment ciblé. Contre l'utopie, Maurras, fidèle à sa méthode, en appelle aux faits, qui « mettent en pièce et en poudre ces rêveries. La Liberté en est imaginaire, l'Égalité postiche. »
 
Les rêveries rousseauistes:
l'individualisme canonisé
 
"Les défenseurs de Rousseau répondent que la première phrase du Contrat social, affirmant que l'homme est né libre, n'est pas à prendre au pied de la lettre : pour Benjamin Barbier, elle « ne signifie pas que l'homme est né libre par nature et que la société l'asservisse. Elle signifie plutôt que la liberté naturelle est une abstraction, tandis que la dépendance est la réalité humaine concrète. Le but de la politique n'est donc pas tant de préserver la liberté naturelle, mais de rendre la dépendance légitime par la citoyenneté et d'établir la liberté politique grâce à la communauté démocratique. »
 
"La question est importante, car elle permet d'appréhender l'anthropologie rousseauiste.
"Le chapitre II du Contrat contribue à y voir plus clair. L'auteur du Contrat social y admet que « la plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille. » Mais c'est pour y introduire aussitôt le germe de la lutte pour le pouvoir et l'indépendance : « Encore les enfants ne restent-ils liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants exempts de l'obéissance qu'ils devaient au père, le père exempt des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance. S'ils continuent de rester unis ce n'est plus naturellement, c'est volontairement, et la famille elle-même ne se maintient que par convention. »
 
Egoïsme rousseauiste
contre générosité maurrassienne
 
"Il n'est ici question que d'intérêt personnel, d'autorité, de pouvoir : « La famille, poursuit Rousseau, est donc si l'on veut le premier modèle des sociétés politiques ; le chef est l'image du père, le peuple est l'image des enfants, et tous étant nés égaux et libres n'aliènent leur liberté que pour leur utilité. » Cette société politique vaut à peine mieux que les autres : « Toute la différence est que dans la famille l'amour du père pour ses enfant [quand même !] le paye des soins qu'il leur rend, et que dans l'Etat le plaisir de commander supplée à cet amour que le chef n'a pas pour ses peuples. »
 
 
"On remarquera que dans la famille rousseauiste, il manque la mère, qui est au contraire présente dans celle de Maurras : « Contrairement aux grandes plaintes du poète romantique, la lettre sociale, qui paraît sur l'épaule nue, n'est pas écrite avec le fer, écrit celui-ci. On n'y voit que la marque des baisers et du lait : sa Fatalité se dévoile, il faut y reconnaître le visage d'une Faveur. »
 
"Le contrat existe aussi chez Maurras, car « Il faut s'associer pour vivre. Pour bien vivre, il faut contracter. »
 
"Mais il se noue au sein d'une société ordonnée et non pas tyrannique. Et il n'est pas surprenant que de ces conceptions si différentes du contrat social soient issues deux conceptions tout aussi différentes de la société : le citoyen contractant de Rousseau se trouve en définitive seul en face de l'État (c'est d'ailleurs pourquoi le Genevois récuse jusqu'au principe de la représentativité, au bénéfice d'une démocratie directe).
 
"Le contrat maurrassien, au contraire, est construit sur l'association, et l'individu trouve sa place au sein d'un ordre échafaudé sur des sociétés naturelles protectrices."
 
(Source: article d'Hervé Bizien,
Monde & Vie, 16 juin 2012.)
 
(1) Préface au recueil Mes Idées politiques, 1937. 
 Rousseau

Rousseau l'infâme (Photo D.R.)

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Maurras et la tactique royaliste

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

4 Piliers Fédération

 

A l'orée de la rentrée politique 2012-2013, il ne semble pas inutile de rappeler aux patriotes en général et aux royalistes d'Action française en particulier la valeur respective des deux tactiques (celle de parti et celle de cause) que l'on peut adopter pour faire triompher un projet de Société, telles qu'elles étaient appréciées par Maurras au début du siècle dernier: il s'agissait alors, pour l'Action française naissante, de sortir le royalisme de l'ornière mondaine des clubs et des chapelles, pour en faire une doctrine de terrain, de plein air! Cent ans après, le même travail serait-il à recommencer? Le dilemne est pourtant clair:

 

- Ou vivre du berceau à la tombe comme un exilé dans propre patrie, avec la nostalgie d'un Age d'Or mythifié, comme le font certains groupuscules d'extrême-droite, bien-pensants ou conservateurs, et donc frapper de stérilité sa pensée et son action;

- Ou se confronter franchement à la réalité d'une France déracinée, mais bien vivante, attitude éminemment responsable et positive, et rayonner au-delà de nos cercles habituels.

 

Pour sa part, la fédération Grand Sud-Ouest de l'Action française, à l'aide de toutes les bonnes volontés, a choisi: ouverte sur les faits, elle oriente sa propagande en direction du pays réel, dans toute sa bigarrure! 

 

« Il y a deux tactiques. La première est de s’isoler, de se retrancher, de faire un parti aussi fermé que possible : n’écrire que dans nos journaux, ne parler que dans nos comités, ne connaître que nos amis politiques. Cela passe pour honorable. Je n’ai pas encore compris ce qu’il peut y avoir d’honorable à vivre dans sa patrie comme un émigré. Cette tactique de partis qui n’a jamais porté bonheur aux royalistes, puisqu’elle ne permet de prêcher que des convertis, est d’essence républicaine. Des hommes qui veulent en finir avec le gouvernement des partis doivent s’adresser à toute la France, prolétaire ou possédante, conservatrice ou révolutionnaire. La tactique des partis ne nous convient pas. La tactique de cause, celle qui permet aux tenants d’une idée ferme, d’une doctrine invariable, d’un principe lié, organisé, vivant et conquérant d’aller et de prêcher partout, nous a constamment réussi. »

 

(Action Française mensuelle, 1904.)

 

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L'institution monarchique

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

On sait que dans le régime de la monarchie héréditaire la valeur personnelle du souverain n’a qu’une importance secondaire. Comme l’a bien vu Ernest Renan, les bienfaits de ce régime tiennent à la nature de l’institution beaucoup plus qu’aux qualités des hommes.

 

Rappelons rapidement les avantages propres de cette institution :

 

Le Roi n’est pas l’homme d’un parti ; il lui est non seulement possible, mais facile d’être au-dessus de tous les partis. Il ne tient pas ses pouvoirs de l’élection, il ne dépend pas de l’opinion publique : il peut donc prendre, même contre l’opinion publique, les décisions que nécessite l’intérêt national.

 

Le Roi n’a pas sa fortune à faire. Le Roi est indépendant du pouvoir de l’or, véritable souverain en régime électif, puisque les élections dépendent de l’opinion publique, que l’opinion publique est faite par la presse et que la presse dépend des puissances financières. La preuve est faite que démocratie égale ploutocratie.

 

Le Roi a pour lui la durée, et, parce qu’il a la durée, il peut concevoir et mener à bien des projets à longue échéance, auxquels ne peuvent même songer les dirigeants éphémères de la République.

Si léger soit-il, le monarque héréditaire calcule la portée de ses actes et de ses paroles, car il sait que lui-même, son fils et son petit-fils en supporteront les conséquences lointaines.

 

En monarchie, aucune difficulté pour la transmission du pouvoir : à peine le Roi a-t-il rendu le dernier soupir que son successeur est intronisé sans contestation : « Le Roi est mort : Vive le Roi ! » Cette vieille formule exprime admirablement cette continuité, premier bienfait de la monarchie héréditaire.

 

L’intérêt national est l’intérêt personnel du Roi. Or tout individu, si peu doué qu’il soit de jugement et d’intelligence, voit cependant très clair quand il s’agit de son intérêt personnel, si bien que le Roi, aussi médiocre qu’on le suppose, en poursuivant son intérêt personnel, sert en même temps l’intérêt national, et si, par suite d’une erreur de jugement ou sous l’influence d’un mauvais conseil, il vient à commettre une erreur, il est ramené plus promptement que personne dans le droit chemin.

 

Voilà quelques uns des avantages inhérents à la monarchie héréditaire. Il est bien évident d’ailleurs que les bienfaits de l’institution sont multipliés par la valeur personnelle du monarque.

 

Le premier de ces bienfaits apparaît dans le choix des ministres : on sait comment se fait ce choix en République démocratique : l’homme politique qui est chargé de former un ministère n’a qu’une seule préoccupation : donner satisfaction au plus grand nombre possible de députés et de sénateurs, de façon à s’appuyer sur une forte majorité. Le Roi, au contraire, sera naturellement porté à choisir les hommes les plus sérieux, les plus laborieux, les plus sûrs, les plus aptes à mener les affaires de l’Etat, qui sont ses propres affaires. Le souci de son intérêt personnel sert merveilleusement l’intérêt national et de même pour tout le reste. Le Roi a intérêt à ce que l’ordre, la paix, la concorde règnent entre les citoyens. Il a intérêt à ce que la nation soit forte, et c’est aussi l’intérêt de la nation.

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Pour son tricentenaire: Rousseau jugé par l'Action française

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Pour le tricentenaire de la naissance de Rousseau, nous ne pouvons mieux faire que de laisser la parole à l'un de nos maîtres, le comte Léon de Montesquiou, pour résumer les griefs que nous faisons à cet homme néfaste, dont les principes mortifères gouvernent encore notre société post-soixante-huitarde. On lira donc ci-dessous l'article qu'il lui consacra dans l'un des premiers numéros de L'Action Française quotidienne, voici cent quatre ans: tant que les Français n'auront pas pris le contre-pied de ces principes antinaturels, son jugement restera d'actualité.

 

A.F.-Grand Sud-Ouest.

 

Jean-Jacques Rousseau

 

On a inauguré dimanche dernier, à Ermenonville, un monument à J.-J. Rousseau, au lieu de sa sépulture. Je ne vois pas que personne ait rappelé à ce propos les paroles, bien suggestives dans leur brièveté, que Bonaparte prononça dans ce même lieu, et que Stanislas de Girardin, qui était alors propriétaire du château d’Ermenonville, nous rapporte dans ses mémoires.

 

« Arrivé dans l’île des Peupliers, écrit Girardin, le premier consul s’est arrêté devant le tombeau de J.-J. Rousseau et a dit : – Il eût mieux valu pour le repos de la France que cet homme n’eût jamais existé. – Et pourquoi, citoyen consul ! – C’est lui qui a préparé la Révolution française. –  Je ne croyais pas que c’était à vous à vous plaindre de la Révolution. –  Eh bien ! l’avenir apprendra s’il ne valait pas mieux, pour le repos de la terre, que Rousseau ni moi n’eussions jamais existé. »

 

* * *

 

Certes, Rousseau n’est pas le seul fauteur de la Révolution. Mais il est le plus grand coupable, car il a employé ses dons d’éloquence à fournir un semblant d’assise philosophique aux passions anarchiques qui fermentaient alors. 

 

Il s’est attaché principalement à propager trois grandes erreurs sociales qui, mises en œuvre, nous mènent à la dissolution.

 

Par son Contrat social, d’abord, il a tenté de légitimer la démocratie. Pour cela il invente un état antérieur à l’état de société qu’il appelle « l’état de nature ». Dans cet état de nature, déclare-t-il, l’individu possédait des droits. Ces droits, chacun, en constituant la société, a la volonté manifeste non de les abandonner, mais au contraire de les consolider par le moyen de la loi. Mais pour cela il faut que la loi représente la volonté de chaque individu. De là la nécessité, la sainteté dirais-je même, du suffrage universel.

 

Ici se présente, il est vrai, une difficulté. Suffrage universel ne peut que signifier, aussi parfaite qu’on suppose la théorie, que volonté de la majorité. La loi n’exprime donc pas la volonté de chaque individu. Rousseau résout cette difficulté par un acte de foi dans la majorité. La majorité ne peut se tromper. Ce qu’elle décrète est le bien, le beau, le vrai. Et si moi, minorité, je vais à l’encontre, je m’égare sur ce que je veux moi-même. Car profondément moi aussi je veux le bien, le beau, le vrai. Or la majorité m’offre tout cela.

 

Si j’avais la place de rapporter ici les paroles de Rousseau, on verrait que je n’exagère en rien le sophisme.

 

* * *

 

La deuxième grande erreur propagée par Rousseau est que l’homme livré à ses impulsions naturelles sait trouver par lui-même le droit chemin. « La conscience ne trompe jamais, déclare-t-il. Qui la suit obéit à la nature et ne craint point de s’égarer. »

 

S’il en est ainsi, plus de gouvernement spirituel, plus d’église. Nous n’avons pas à être enseignés, à être façonnés. A chacun à laisser parler son dieu intérieur, à se laisser diriger par lui. Théorie éminemment anarchique qui, prise par Kant à Rousseau, et développée et systématisée par lui, est venue jusqu’à nous, et fait le fond de notre philosophie morale officielle.

 

* * *

 

Enfin troisième grande erreur, dans laquelle Rousseau s’est principalement complu, c’est celle sur la bonté naturelle de l’homme et sur sa corruption dont la société est seule coupable. « La nature a fait l’homme heureux et bon, la société le déprave et le fait misérable. » Voilà la théorie résumée par Rousseau lui-même.

 

Une telle théorie nous incite à nous défier de ce qui nous est transmis par la société, à rejeter  donc toute tradition. Que dis-je ! Puisque la société est si malfaisante, réjouissons-nous de sa ruine, travaillons à l’anarchie.

 

Anarchie politique, anarchie spirituelle, rejet de toute tradition, destruction de tout gouvernement spirituel, en fait de l’Eglise catholique, enfin, faute de mieux, – car l’anarchie, « l’état de nature », sans doute serait préférable, mais peut-être ne nous est-il plus possible d’y retourner, – donc, faute de mieux, régime démocratique, voilà ce que nous propose Rousseau.

 

Et quel fut-il ce propagateur de tous les plus mauvais principes révolutionnaires ? A la fin de son étude désormais classique, M. Jules Lemaître le qualifie ainsi : « un étranger, un perpétuel malade, et finalement un fou ».

 

Léon de MONTESQUIOU.

 

(Action Française, 23 octobre 1908.)

 

 

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Le nationalisme contre le racisme

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Nous reproduisons ci-après, à titre documentaire, une étude impartiale et décisive de Jacques Cognerais, parue dans Le Choc du Mois, en février 2009. Elle montre implicitement toute la différence qu'il y a du nationalisme évolué de l'Action française au racisme sommaire des identitaristes: de l'A.F. au B.I., l'homme français ne monte pas, il descend.

 

A.F.

 

Insigne Ligue 3 

 

 

Le nationalisme français traditionnel, tel qu'il fut notamment théorisé par Charles Maurras, a tout au long du XXe siècle rejeté vigoureusement le racisme. Parce que celui-ci est perçu, dans ce courant ce pensée, comme totalement étranger à ce qui a fait la France.

«Si le racialisme de Gobineau n'a pas fait école en France », écrit Pierre-André Taguieff, c'est notamment du fait « de l'incompatibilité du nationalisme français, incarné par l'Action française (fondée en juin 1899), avec toute forme de matérialisme biologique »(1). Charles Maurras, en effet, traitait volontiers le comte de Gobineau, père du racialisme, de «Rousseau gentillâtre» ou de «stupide et indigne Français», selon l'humeur mais avec une belle constance. Selon le défenseur du nationalisme intégral, la pensée de Gobineau était en ce domaine pénétrée de germanisme et d'esprit allemand. Comme il l'écrira le 10 octobre 1926 dans son journal L'Action Française : «Nous sommes des nationalistes français. Nous ne sommes pas des nationalistes allemands. Nous n'avons aucune doctrine qui nous soit commune avec eux. Toutes les falsifications, tous les abus de textes peuvent êtres tentés : on ne fera pas de nous des racistes ou des gobinistes.»(2)

 

 
« Le racisme répugne à l'esprit français »

(J.-P. Maxence) 
 

En 1937, se félicitant de l'encyclique du pape Pie XI Mit brennender SorgeAvec une vive inquiétude») condamnant le national-socialisme, Maurras parlera du racisme comme de son «vieil ennemi», rappelant que «dès 1900, ses maîtres français et anglais, Gobineau, Vacher de Lapouge, Houston Chamberlain, avaient été fortement signalés par nous à la défiance des esprits sérieux et de nationalistes sincères».

Effectivement, quand, en juin 1900, Jacques Bainville (qui n'a que vingt-et-un ans) avait recensé avec un peu trop de complaisance le livre de Vacher de Lapouge, L'Aryen, son rôle social, dans la Revue grise d'Action française, Maurras avait tancé son jeune compagnon, le mettant en garde contre les « rêveries de race pure».

 

Bainville 1936  Jacques Bainville: c'est autre chose

que Guillaume Faye (photo D.R.)

 

Cette condamnation radicale du racisme par le chef du néo-royalisme français fera des émules chez les nationalistes français. Notamment dans la génération des non-conformistes des années 1930. En mai 1933, au lendemain de la victoire électorale d'Hitler en Allemagne, Thierry Maulnier écrit dans L'Action Française: « Le racisme et l'étatisme ne peuvent correspondre qu'à des sociétés imparfaites. Une société dans laquelle la civilisation a atteint ses sommets les plus rares ne peut se contenter de telles significations, l'édifice des valeurs les plus aristocratiques ne saurait abriter ces religions grossières, dont la pauvreté spirituelle n'a d'égale que la malfaisance et la stérilité.»(3) Dans le même temps, son ami Jean-Pierre Maxence pousse un cri du cœur : « Le racisme, écrit-il dans La Revue du Siècle, répugne à l'esprit français. Il y a dans le nationalisme français des valeurs universelles et assurées qui se refusent à toute attitude agressive ou impérialiste.»(4) On ne peut pas faire plus clair.

« Vacher de Lapouge ne me semble

devoir intéresser

que les éleveurs»

(P. Boutang) 

 

Exilé volontaire au Brésil, l'ancien camelot du Roi Georges Bernanos écrit en décembre 1940 dans un article repris dans Le Chemin de la Croix-des-Ames: «Je ne méprise nullement l'idée de race, je me garderais plus encore de la nier. Le tort du racisme n'est pas d'affirmer l'inégalité des races, aussi évidente que celle des individus, c'est de donner à cette inégalité un caractère absolu, de lui subordonner la morale elle-même, au point de prétendre opposer celle des maîtres à celle des esclaves.»(5) Et le romancier catholique d'opposer la richesse des nations à l'archaïsme des races. Maurras allait encore plus loin : ne disait-il pas volontiers qu' «aucune origine n'est belle»? Il ajoutait: «La beauté véritable est au terme des choses.»(6)

L'un des principaux héritiers intellectuels de Maurras, le métaphysicien Pierre Boutang, n'est pas en reste quand il affirme en 1949 dans son pamphlet La République de Joinovici : « Je ne suis pas raciste. Le comte de Gobineau m'ennuie quand il n'est pas romancier. Vacher de Lapouge ne me semble devoir intéresser que les éleveurs ; j'ai une autre idée que Rosenberg de l'homme, cet être étonnant entre tous, qui qui vit dans les cités, mais dans sa solitude, modèle son rapport à Dieu.»

Au racialisme pessimiste d'un Gobineau, à l'eugénisme d'un Georges Vacher de Lapouge, le nationalisme français a opposé une conception de la nation forgée par l'histoire, affirmant que la lutte des races ne valait pas mieux que la lutte des classes. N'en déplaise aux antiracistes falsificateurs qui voudraient inscrire Maurras dans la généalogie intellectuelle du racisme, ou à quelques autres qui voudraient annexer la pensée du Martégal.
 

 

J.C.

 

Notes:

 

 

 

1. Pierre-André Taguieff, La Couleur et le Sang, Mille et Une Nuits, 2002.
2. Charles Maurras, Dictionnaire politique et critique, tome III.
3. Thierry Maulnier, in L'Action Française du 30 mai 1933.
4. Jean-Pierre Maxence, in La Revue du Siècle, mai 1933.
5. Georges Bernanos, « Race contre nation », in Essais et écrits de combats Il, Gallimard, 1995.
6. in Anthinéa : d'Athènes à Florence, 1901.

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La monarchie parlementaire, selon Maurras

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Devant certaines tentatives comiques de faire avaler au public conservateur, toujours crédule, la "bonne" démocratie, fut-elle couronnée par un cadet de la Maison de France, la fédération Grand Sud-Ouest de l'Action française ne saurait laisser se clore 2010, sans avoir remis les choses au point sur cette déviation sémantique, qui cache mal une lâche et inutile capitulation des idées et de la volonté face au principe mortifère de notre civilisation. Si d'autres ont abandonné le combat de nos Maîtres, l'Action française, elle, continue d'être résolument antidémocrate et de vouloir la Monarchie authentique, c'est-à-dire: antiparlementaire. Voici donc ce que disait, il y a juste cent ans, Maurras de la monarchie de carton-pâte que l'on nous souhaite dans certains salons.

 

Kings 1

  Image d'illustration:

toute ressemblance avec la réalité

ne pourrait être que fortuite et involontaire 

(D.R.)

 

"Dans certains Etats logés à la même enseigne que nous, la monarchie parlementaire permet encore l'exercice du pouvoir royal à l'extérieur, et ce n'est pas un avantage méprisable; mais, à l'intérieur, trop souvent, ce partage de l'autorité entre le Prince et les corps élus ne réussit qu'à faire couvrir et garantir le mal par le bien; trop souvent la souveraineté n'est là que pour masquer et honorer de sa pourpre et de sa couronne quelques sales trafics du gouvernement des partis: le bas politicien y prend couleur de politique; le parlementaire, d'homme d'Etat. Sans doute, il y a bien des degrés dans cette bassesse: si je méprise Thiers, j'ai pitié de Guizot, et je ne plains pas l'admirable Villèle de la même manière que le léger Martignac. Mais, en tant qu'elle a été parlementaire, leur administration à tous aura causé plus de malheurs que de bienfaits."

 

(Action Française, 16 août 1910.)

 

Est-ce assez clair?

 

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Qu'est-ce que la Contre-Révolution?

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

Nous donnons ci-dessous une définition qui, moins connue que celle de Joseph de Maistre, mais plus récente (elle date des années 1950), vaut d'être méditée par nos amis, nous en soulignons plus bas tout l'intérêt:

"La contre-révolution n’est pas une lamentation ; elle ne consiste pas à vitupérer l’esprit moderne et à s’insurger contre les faits. Il faut même admettre qu’elle contient la seule explication des faits modernes et révolutionnaires, qu’elle en contient la raison. S’il est un postulat de la contre-révolution, postulat pour la volonté et l’espérance, indépendant de sa vérité comme méthode et corps de doctrine, il tient en ceci : le mouvement révolutionnaire et libéral (dit moderne) n’est pas un mouvement continu, ni en voie de prolongement ; dans le développement même de la "civilisation" qu’il développe se trouvent donnés les conditions de la contre-révolution."

 Les camelots du Roi "à M. Maurice Pujo". (Photo D.R.)

(Pierre BOUTANG, in Les Abeilles de Delphes, éditions des Syrtes, 1999, p. 433. Disponible à nos locaux.)

Commentaire: Pierre Boutang a raison de fustiger une tendance, trop répandue à droite, à se croire impuissant face au flot révolutionnaire. Avec une doctrine vraie, on est prêt à tout, on peut saisir toutes les opportunités politiques que la Révolution, dans sa marche antinaturelle, ne manque pas de donner à un peuple aussi intelligent que le nôtre. Sans doctrine, on court aux pires aventures, on s'expose aux pires déconvenues.

Que la Société moderne soit, à bien des égards, une dissociété, une contre-culture, une "culture de mort", issues de Mai-68, personne ne saurait songer à le contester sérieusement. Cependant, en dépit des assauts de l'esprit subversif, le pays réel, "qui travaille et ne politique pas", demeure; l'histoire contemporaine de la France est celle de sa résistance continuelle aux puissances de mort que la démocratie démultiplie.

C'est donc d'abord à cette dernière, pas seulement à ses conséquences les plus visibles, qu'il faut s'attaquer; la leçon d'espérance que Boutang nous enseigne, c'est que c'est dans les ressources inépuisables du pays réel que nous devons puiser les forces humaines et les instruments de la Victoire. Dans cette démarche empirique, il n'y a là pas de paradoxe, mais un profond réalisme.

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Les objectifs de l'Action française pour l'année politique 2007-2008

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

On trouvera ci-dessous les principaux extraits de l’importante déclaration faite le 25 août dernier par Pierre PUJO, président du Comité directeur de l’Action française et directeur de L’Action Française 2000 :

 

 

« (…) Depuis l’élection présidentielle, le paysage politique s’est renouvelé et le nouvel hôte de l’Elysée manifeste un bruyant activisme prétendant mettre en route un vaste chantier de réformes. Pourtant la République, après avoir laissé les problèmes s’aggraver au fil des années, a le plus grand mal à opérer des réformes. Elle demeure marquée par la faiblesse de l’autorité, une centralisation administrative abusive, la démagogie. Qui plus est, elle prépare l’absorption de la France dans une Europe supranationale qui a été rejetée par référendum il y a deux ans et qu’on voudrait nous resservir sous la forme d’un « traité simplifié ». Cet échec de la constitution européenne, nous nous flattons, à l’Action française, d’y avoir contribué avec tous les patriotes français, de gauche comme de droite, dans une sorte de compromis nationaliste.

 

« Le combat pour l’indépendance de la France n’est pas terminé. Des forces politico-financières puissantes pressent notre Pays de se soumettre aux impératifs de la mondialisation. La menace vient des Etats-Unis, mais aussi de l’Allemagne dont le projet européen conduit à vouloir dominer l’Europe.

 

« Nicolas Sarközy voudrait faire adopter un « traité simplifié » tout aussi dangereux que le projet de constitution. Ce projet doit rencontrer de notre part une opposition résolue.

 

« Le pire n’est pas sûr. Nicolas Sarközy devra tenir compte des réticences de beaucoup de Français devant une abdication nationale. Son propre orgueil devrait le conduire à rejeter une organisation européenne qui le placerait dans une position subordonnée.

 

« Ne relâchons pas notre pression sur le Pouvoir et travaillons à renforcer les forces de résistance.

 

« Il nous faut cependant aller plus loin. D’abord, nous devons travailler à réhabiliter le nationalisme français. Il n’y a pas lieu d’opposer le souverainisme au nationalisme. Le nationalisme n’est pas l’exaltation de l’orgueil d’une nationalité. Il n’est pas synonyme de politique impérialiste et agressive. Il ne signifie pas l’abolition des libertés et l’instauration d’un Etat totalitaire.

 

« Certains nationalismes dans le passé ont pu revêtir ces caractères. Cela n’a jamais été le cas du nationalisme français défini par Barrès et maurras. Notre nationalisme est réglé et pacifique. Il n’est pas centralisateur, mais veut seulement que toutes les actions politiques soient ordonnées par rapport à l’intérêt national.

 

« Quand il est « intégral », le nationalisme soumet la question du régime politique à la règle de l’intérêt national. En France, le nationalisme intégral conduit à la Monarchie. L’étude des conditions d’existence de notre Pays aboutit à la conclusion que, seule, la Monarchie est en France un régime durable. En France, les constitutions républicaines doivent constamment être remises en chantier !

 

« Aujourd’hui, Sarközy, à peine élu, a lancé une commission pour proposer une réforme constitutionnelle. Décidément, la République se trouve mal dans sa peau ! Tantôt on trouve qu’elle est trop autoritaire. Tantôt elle est jugée ne faisant pas suffisamment place aux libertés, tantôt le pays réel est coupé du pays légal et les Français ne se sentent pas représentés auprès des détenteurs du Pouvoir. On constate avant tout que la République manque d’un organe protecteur de l’indépendance et de l’unité nationales, comme l’a été le Roi au cours des siècles passés.

 

« C’est l’originalité de l’Action française que de faire reposer son royalisme sur les leçons du passé, sur les lois de la politique française, et non sur un choix fantaisiste, un choix arbitraire.

 

« La Monarchie est pour nous soumission au réel. On pourra essayer de mettre en place toutes les constitutions que l’on voudra, cela ne marchera pas tant que l’on ne sera pas revenu à la Monarchie.

 

 

« La réforme politique doit être accompagnée d’une réforme intellectuelle et morale. Elle y conduit même. Il faut dénoncer les idéologies qui empoisonnent l’esprit public depuis près de deux siècles : l’individualisme, le libéralisme, l’égalitarisme, l’assistanat généralisé sous le nom de socialisme. Mais il ne suffit pas de dénoncer les idées révolutionnaires comme se contentent de le faire tant de bien-pensants. Il faut aussi se donner pour premier objectif de changer les institutions.

 

« Dans le désarroi de beaucoup de nationaux qui ont cru dans le succès de tel ou tel chef charismatique, l’Action française représente aujourd’hui un pôle de pensée original reposant sur des bases intellectuelles solides. Aux Français déçus par la République, ses idéologies et ses partis, nous avons autre chose à proposer. Cette autre chose, c’est une doctrine de salut public qui a fait ses preuves.

 

« Donc, plus que jamais allons de l’avant. (…) C’est par l’Action française que la Monarchie sera restaurée et que la France se redressera.

« (…) Vienne le Roi ! Vive le Roi ! »

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Notre nationalisme d'Action française

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

 

Nation

 

"Il ne suffit pas de dire avec Jaurès que "les nations sont des faits". Ce ne sont pas des faits. Ce sont des bienfaits. Des bienfaiteurs et des producteurs de biens, qu'il faut protéger à leur tour. Car les hommes n'ont rien conçu de plus parfait dans l'ordre et sur le plan de l'amitié terrestre." (in Votre Bel Aujourd'hui.)

 

"Il faut commencer par le commencement,  (...) par affirmer, enseigner, distribuer une doctrine positive qui puisse intéresser ensemble les cerveaux et les coeurs. La discussion viendra ensuite. Commencez par affirmer l'idée de la France. Faites que vos contradicteurs à venir soient portés à donner la même importance que vous à l'indépendance française. Pour cela, développez la philosophie du nationalisme français. Motivez avec force les sentiments que vous voudriez enraciner dans les esprits cultivés. Le meilleur moyen de prouver la valeur de l'idée de patrie, c'est de montrer de façon concrète ce que la nôtre vaut, ce que nous lui devons, comment elle nous enveloppe, nous soutient et nous prédestine de toute part. Notre histoire, bien analysée, peut égaler le plus émouvant des poèmes. (1)" (A.F., 27 aout 1912.)

 

Royauté

 

"Le royaliste veut que l'on assigne à  (l'intéret public) un gardien permanent. Il est d'avis de constituer pour cette garde un magistrat dont le seul souci quotidien soit cet intérêt, non un autre; un magistrat dit Roi dont l'intérêt privé ne fasse qu'un avec l'intérêt national; qui n'en soit point séparable; par qui l'avantage public soit avantage personnel; dont le dommage public soit aussi le dommage personnel; qui gagne avec l'Etat; qui perde avec l'Etat" (A.F., 15 février 1940.)

 

"On nous dit: "La monarchie est morte" (2).

"Qu'entend-on par là? Ce sont des mots. Une institution, un régime ne sont pas un Monsieur ou une Dame que l'on met dans la bière et qui n'en sort plus. (...) Qu'il s'agisse d'une nation, d'une loi, d'une collectivité de lois ou de coutumes, il est toujours possible de les reconstituer l'une ou l'autre si l'on a sous la main ce dont elles sont composées avec leur plan de composition.

"La Monarchie est morte! Mais quelque chose n'est pas mort. C'est le besoin que la France a de la Monarchie pour vivre elle-même." (in Pour un réveil français.)

 

Social

 

"Reconnaître la lutte des classes, je ne dis pas y pousser, mais avaliser l'envie de classe en classe, contresigner sinon leur guerre, (...) mais seulement leur lutte, ne peut figurer qu'un égarement fou chez les maitres de l'Etat: cette démence offenserait l'amitié fondatrice et conservatrice de ce grand être et son désir profond de persévérer dans la vie (3). Que ces sentiments diviseurs soient donc mis hors la loi et bien déclarés ce qu'ils sont: incompatibles avec la détention et l'exercice de tout pouvoir, de tout emploi et de tout grade dans la communauté. " (in Votre Bel Aujourd'hui.)

 

Perspectives

 

"Une Action française se reverra par la force des choses. Notre façon de combattre sera reprise, par le simple effet de la volonté intéressée de la France, de la nôtre, qui durera en elle, et qui sera précisément ce que ses naufrageurs ne veulent pas (4).

"Nous avons failli leur ôter de la bouche leur sale gagne-pain, le sale butin qu'ils en tirent. Or, si tout passe, tout revient. Leurs précautions ont beau être serrées comme des chaines. L'espérance est la reine de toute politique; le désespoir y reste "la sottise absolue"." (in Votre Bel Aujourd'hui.)

 

Notes

 

(1) Nos propagandistes de tous âges seront bien inspirés de mettre en pratique ces conseils du Maitre.

(2) Voilà un argument couramment employé par le commun pour écarter la solution monarchique.

(3) C'est la raison de l'intérêt que les nationalistes doivent porter aux questions sociales.

(4) Ainsi Maurras donne-t-il à comprendre que l'appartenance à une structure prestigieuse dans certains cercles mondains, le sentiment d'y jouer un role important par l'activisme, si satisfaisants soient-ils pour certains esprits, ne sont pas tout, mais au contraire que l'A.F., avant d'être une collectivité, est un état d'esprit désintéressé au service d'un but supérieur: la pérennité de la France. Servir et non se servir, voilà qui devrait être médité par tous ceux qui aspirent à marcher sur les pas de nos illustres Fondateurs!

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Notre Charte

Publié le par Fédération interprovinciale du Grand Sud-Ouest de l'A.F.

L’Action française s’adresse au patriotisme, quand il est conscient, réfléchi, rationnel.

 

Fondée en 1899, en pleine crise politique, militaire et religieuse, l’Action française s’inspirait du sentiment nationaliste : son œuvre propre fut de soumettre ce sentiment à une discipline sérieuse.

 

« Un vrai nationaliste, posa-t-elle en principe, place la Patrie avant tout ; il conçoit donc, il traite donc, toutes les questions politiques pendantes dans leur rapport avec l’intérêt national.

 

« Avec l’intérêt national, et non avec ses caprices de sentiment.

 

« Avec l’intérêt national, et non avec ses goûts et ses dégoûts, ses penchants ou ses répugnances.

 

« Avec l’intérêt national, et non avec sa paresse d’esprit, ou ses calculs privés, ou ses intérêts personnels. »

  

En se pliant à cette règle, l’Action française fut contrainte de reconnaître la rigoureuse nécessité de la Monarchie dans la France contemporaine.

 

Etant donné la volonté de conserver la France et de mettre par-dessus tout cette volonté de salut, il faut conclure à la Monarchie ; l’examen détaillé de la situation démontre en effet qu’une Renaissance française ne saurait avoir lieu qu’à cette condition.

 

Si la restauration de la Monarchie parait difficile, cela ne prouve qu’une chose : la difficulté d’une Renaissance française.

 

Si l’on veut celle-ci, il faut aussi vouloir celle-là.

 

L’Action française voulait ceci et cela, elle devint donc royaliste. Chacun de ses numéros, depuis lors, tendit à faire des royalistes.

 

Les anciens royalistes eurent plaisir à se voir confirmer, par des raisons souvent nouvelles, dans leurs traditions et leur foi.

 

Mais l’Action française visa plus particulièrement ces patriotes qui sont tout enlisés encore dans le vieux préjugé démocratique, révolutionnaire et républicain : elle dissipe ce préjugé anarchiste, et, du patriotisme rendu plus conscient, elle exprime et fait apparaître le royalisme qui s’y trouvait implicitement contenu. Beaucoup de républicains ont été ramenés ainsi à la royauté. Bien d’autres y viendront si l’Action française est mise en état de les atteindre et de les enseigner.

 

Au nom des résultats acquis, en vue des résultats possibles, l’Action française demande à tous les royalistes, anciens ou nouveaux, un concours ardent, dévoué, incessant.

  

(Revue d’Action française, 1er août 1905.)

 

 

 

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